‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 14 sur 192 · NOUVELLE BULLE DU PAPE OUI SUPPRIME LE NOM DE PLANTEVIT · texte numérisé non relu

NOUVELLE BULLE DU PAPE OUI SUPPRIME LE NOM DE PLANTEVIT

Clément, grand pontife de Rome, A quiconque chrétien se nomme Salut et paternel amour.

Je vois, hélas ! de jour en jour Croître l'iniquité de l'homme :

Le serpent jadis a séduit,

I. Guillaume Plantevit de La Pause, abbé de Margon, (1686-1762), littérateur français, connu par son esprit mordant et ses productions satiriques, fut l'un des coryphées du Régiment de la Calotte, et prit une part active aux querelles suscitées par la bulle Unigenitits. Il avait d'abord pris parti pour les jésuites, mais irrité des critiques que lui adressa le Journal de Trévoux, il se tourna contre ses anciens alliés et leur prodigua l'insulte dans ses propos et dans ses pamphlets ; ce qui lui valut d'être relégué aux îles de Lérins, puis au château d'If. Voici en quels termes parle de lui un de ses biographes : « On le

3 6 Cl ai rambaul t- AI au repas.

De l'aveu de la sainte Eglise, Eve par l'amorce d'un fruit, Pur effet de sa gourmandise.

Aujourd'hui, que de serpentaux Cachés sous la forme virile, Inventent des pièges nouveaux Pour tromper le sexe fragile !

Depuis peu nous avons appris Du diocèse de Paris, Qu'au détriment des saintes âmes, Margon voulait mettre à profit Le nom fameux de Plantevit, Pour corrompre toutes les femmes.

Craignant donc que le clerc rusé Par un tel titre supposé Aux brebis saintes n'en impose, Ordonnons qu'il change de nom Et ne soit nommé que Margon, Ou qu'au moins il métamorphose Le Plantevit en Plante-chose.

Déclarons par cette teneur

reconnaissait, dès les premiers instants, comme un homme caustique, frondeur, bouillant, faux, tracassier, et toujours prêt à brouiller les personnes les plus unies si leur désunion pouvait l'amuser un moment. On rapporte qu'ayant reçu une gratification de trente mille livres, il imagina de la manger dans un souper singulier ; il en fit la disposition, Pétrone à la main, et exécuta avec toute la régularité possible le repas de Trimalcion. On surmonta toutes les difficultés à force de dépense. Le Régent eut la curiosité d'aller surprendre les acteurs et il avoua qu'il n'avait rien vu de si original. »

Année Ij33. 37

Plantevit un nom suborneur, Scandaleux, faux, téméraire Et de fait et de droit contraire A l'humilité que prescrit Aux clercs la loi de Jésus-Christ.

Mandons en outre à l'ordinaire Mettre à due exécution Une bulle si salutaire, Même par amputation Après triple monition.

Donné sous le scel authentique De notre chambre apostolique.

Romœ, gratis. Par mandement Du susdit Saint-Père Clément 1.

1. Cette bulle et l'appel dont elle est suivie n'appartiennent point à l'année 1733 ; les dates données par les Recueils manuscrits et par les Mélanges de Bois-Jourdain sont toutes différentes-; il résulte toutefois des indications fournies par les Mémoires de Marais qu'il faut les rapporter à l'année 1724. Mais, pour des pièces de ce genre, la date n'a pas d'importance.

On verra par les renseignements ci-après, empruntés à Mathieu Marais, que cette bulle et l'appel qui s'y rattache sont deux facéties singulières imaginées par l'abbé de Margon, pour ridiculiser cette « bonne constitution Unigenitus » dont on avait depuis si longtemps les oreilles rebattues.

38 Clair ambault-ÀIaurepas.

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