LA CHAMBRE DES VACATIONS
Sur les ailes de la Victoire,
Partez, citoyens généreux;
Vos vainqueurs, confus et honteux,
Ne terniront point votre gloire.
Ainsi dans la Grèce autrefois
On vit une ingrate patrie,
Immoler à la jalousie
Les vrais défenseurs de ses droits.
Quand Rome aux attentats s'anime, Portant ses coups contre nos Rois, Vous réclamez les justes lois Et le devoir fait votre crime.
Fuyez cette terre ennemie !
i. « La nuit du 6 au 7, les présidents et conseillers des Enquêtes et Requêtes ont été exilés en différentes villes du royaume, toutes hors de leur ressort. Ils sont au nombre de 139 qui sont tombés dans le filet de l'autorité royale, comme disait le cardinal de Retz. Il a fallu sortir de Paris dans le jour ; ils vont jusqu'à nouvel ordre, et le motif de la lettre de cachet est : Monsieur, étant mal satisfait d<~ votre conduite, etc. » (Corresp. de Marais^.)
Année ijJ-j. ij
Mais, hélas ! que deviendrons-nous,
Si détestant la tyrannie
La vertu s'enfuit avec vous ?
Dans mon entier j'étais un corps illustre Du peuple et des grands révéré, Maintenant désuni, je suis déshonoré, Ma tête, indignement me fait perdre mon lustre1, Cependant, de mon sort voyez l'événement :
Pesez-en bien les conséquences, Ma saine, portion parle par son silence, Et par ses vains discours l'autre portion ment.
En vacances l'on voit assis
Le Parlement sur fleurs de lys2,
i. « Il n'y a personne de la Grand-Chambre exilé, ajoute Marais; au contraire, il leur a été adressé une commission pour tenir la Chambre des vacations, et hier ils l'ont acceptée. » Fleury n'avait pas à se plaindre de la Grand- Chambre, exclusivement composée, comme le remarque Barbier, « de présidents qui sont au-dessus du robin ordinaire et attachés à la cour, des abbés qui attendent récompense, et des conseillers arrivés dans un âge où ils n'ont plus d'autre plaisir que de gagner des écus ; » il l'épargna. Mais le public, irrité de ce qu'elle n'avait pas fait cause commune avec les Enquêtes et les Requêtes, ne lui ménagea ni les railleries ni les injures. »