‹ Chansonnier historique du 18e siècle [recueil de chansons, vaudevilles, sonnets, épigrammes, épitaphes et autre vers satiriques et historiques] publié avec introd., commentaire, notes et index (volume 3)Chapitre 70 sur 192 · C'est la marquise du Châtelet. (M.) — Gabrielle · texte numérisé non relu

C'est la marquise du Châtelet. (M.) — Gabrielle

vi. 13.

150 C l airambaul t-AIaurepas

Étaler ma folie Et promener mes rats.

Dans cette cour polie1, On connaît mieux le prix Des beaux esprits.

Paris qui m'a vu naître Me laisse sans éclat 2, Et ma manie est d'être Un ministre d'Etat, Des finances le maître; Au moins ambassadeur Comme feu Prieur.

Kmilie Le Tonnelier de Breteuil, mariée à Florent-Claude du Châtelet-Lomont, célèbre femme de lettres, connue surtout par ses relations avec les philosophes du XVIIIe siècle. Voici comment nous l'a dépeinte une de ses amies : « C'était une femme grande et sèche, sans hanches, la poitrine étroite, de gros bras, de grosses jambes, des pieds énormes, une très petite tête, le visage aigu, le nez pointu, deux petits yeux vert de mer, le teint noir, rouge, échauffé, la bouche plate, les dents clairsemées et extrêmement gâtées. Voilà la figure de la belle Emilie, figure dont elle est si contente qu'elle n'épargne rien pour la faire valoir : frisures, pompons, pierreries, tout est à profusion. » (Correspondance de Mme du Deffand).

i. Voltaire avait d'abord songé à se retirer en Prusse; il en fut dissuadé par Mmc du Châtelet.

2. Voyez les Lettres philosophiques et le Temple du goût de Voltaire, où il ne cesse de parler des honneurs rendus en Angleterre aux gens de lettres. Voyez aussi la préface de Zaïre. M. Prieur, Anglais, homme de beaucoup d'esprit et d'un mérite supérieur, a été ambassadeur pour l'Angleterre. (M.)

Année Ij36. 151

Adieu, mauvais poète1, Jamais las du sifflet, Qu'à Saint-Lazare on fouette, Chassé du Chàtelet; Adieu l'homme à courbette, Tant fripon, tant battu Et, de plus, cocu.

Adieu, toi, vilain prêtre2, Tiré par mon crédit Du château de Bicètre, Pour le péché maudit Oui fait cuire son maître, Soin honteux que j'ai pris D'un fripier d'écrits.

Sur la sellette dure 3, Où siégea Deschauffour Quand en humble posture Tu parus l'autre jour, Craignis-tu la brûlure ?

1. 11 s'agit de Roy, enfermé à Saint-Lazare pour son Coche, pièce satirique contre l'Académie française. Il eut ordre de se défaire de sa charge de conseiller au Chàtelet. (M.)

2. L'abbé Desfontaines. Il n'a jamais composé d'ouvrages ; il ne fait que replâtrer et défigurer ceux des autres. Voyez son Apologie faite par lui-même. (M.)

3. Il s'agit du jugement qu'il a subi pour le discours mordant qu'il a fait au nom de l'abbé Seguy. (M.)

152 Clair ambault- Maure-pas.

Oui, jamais on ne vit Coquin plus petit.

Thieriot, pauvre hère', Adieu, juré crieur, Tu fus en Angleterre Mon digne ambassadeur.

Prône plutôt La Serre Que les vers des deux fats Et de ton Midas.

Pour quelques rimes fades Bernard2, que tu forgeas, Tu crois que l'Iliade Te doit céder le pas.

Céladon de tribade, Dis, monsieur l'écrivain, Ce qui te rend si vain.

Petit Sardanapale3, Faquin du dernier bail,

1. Thieriot a été quelque temps chargé des affaires de Voltaire à Londres; il demeure actuellement chez Midas. qui est M. Le Riche de La Popelinière, auteur, avec MM. Le Franc et Bernard, de l'opéra de Castor et Pollux. (M.)

2. Bernard, secrétaire du maréchal de Coigny, a fait une épître à M"e Salle, qui est une tribade dont il est le Céladon, c'est-à-dire l'amoureux virtuose. (M.)

3. La Popelinière, qui vit comme un Sardanapale, a chez lui M",c Dancourtet MIIe Deshayes, sa fille. (M.)-

Année ij36. 153

Poétique cigale, Chante dans ton sérail; Mais pour la gent bursale L'Opéra, je le dis, Est un pilori.

Si je quitte la Prusse Chassé par le bâton, Je fuirai chez le Russe Prêcher Locke et Newton, Ou porter mon prépuce Au révérend Mufty Comme Mac Carthy '.

Adieu, belle Emilie2, Objet de mes plaisirs ; Par la philosophie Amuse tes désirs, Ou bien suis-moi, ma mie.

Un milord de mon nom Vaut bien un Kinsrston.

1. L'abbé Mac Carthy, fils d'un Irlandais, passa, il y a quatre ans, en Turquie, avec le chevalier de Mornay et Ramsay. Ils avaient emprunté chacun 6,000 livres à Bernard, sous prétexte d'acheter une lieutenance aux gardes. (M.)

2. On sait que Mmc de La Touche a suivi Kingston en Angleterre, et que Voltaire avait pris le nom de Milord, étant logé à Rouen, chez Jorre, libraire, qui imprima ses Lettres philosophiques. (M.)

i 54 Clair ambauh- Alaurepas.

Maupertuis1, ce carême, D&it revenir, dit-on.

Il me dicta le thème Que j'ai fait sur Xewton ; Tu sauras le système Des meules de moulin De ce cabotin.

Xe crains point qu'on le drape Pour voir le cavalier, Sa mine est une attrape. Le brave, à Montpellier, De ce qui fait le pape, Autrefois a voulu Etre rasibu2.

Adieu, chère Emilie; Parce que je m'en vas, N'abrège pas ta vie4

i. Maupertuis, de l'Académie des sciences, est un homme de mérite, mais admirateur outré des Anglais ; il a imprimé que les astres étaient semblables à des meules de moulin. (.M.)

2. Le fait est vrai ; Maupertuis, ayant une indisposition galante, alla à Montpellier, où il voulut engager les chirurgiens à le mutiler. (M.)

3. Allusion à ce que Mme la marquise du Châtelet a pris autrefois de l'opium dans un désespoir amoureux. (M.,: — s< La marquise du Châtelet, raconte Maurepas, désespérée de se voir abandonnée du marquis de Guébriant qu'elle idolâtrait, lui écrivit une lettre d'éternels adieux, disant qu'elle voulait mourir puisqu'il ne vivait plus pour elle.

Année iy36. 155

Avec la mort aux rats.

Console-toi, ma mie; Aux Petites-Maisons Nous nous reverrons.

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