LE TRIOMPHE DU MARÉCHAL DE DURAS
Enfin, vous triomphez, monsieur le maréchal, Quel début, juste ciel, dans les champs de la gloire D'un triomphe si beau s'ornera votre histoire : Peuples, chantez Duras, il a vaincu... Sainval2.
i. Emmanuel de Durfort-Duras, qui avait fait ses premières armes sous Villars en 1734 et pris part à toutes les guerres de Louis XV, était devenu successivement pair de France, maréchal et membre de l'Académie française. En sa qualité de premier gentilhomme de la chambre du Roi, il avait dans sa juridiction le personnel de l'Opéra et du Théâtre-Français, et honorait d'une faveur toute particulière Mmc Vestris, qui fut longtemps sa maîtresse.
2. « Nous venons de voir, écrivait Grimm au mois de juillet, la guerre civile éclater au sein de la Comédie- Française et nous menacer des suites les plus funestes. C'est la jalousie des grands noms de Vestris et de Sainval qui suscite ces nouveaux troubles. La dame Vestris, quoique reçue au théâtre après Mlle Sainval, mais soutenue de la protection de M. le maréchalMe Duras, s'est emparée de tous les rôles qu'elle a trouvés à sa convenance, et dans l'emploi de M"c Clairon et dans celui de MI|L' Dumesnil. La demoiselle Sainval n'a cessé de protester contre cette injustice ; elle a réclamé particulièrement huit rôles que sa rivale s'était appropriés (Roxane, Hermione, Mariamne, Didon, Viriate, Zénobie, Idamé, Emilie), comme autant de rôles dépendant de son emploi, ayant été reçue pour remplacer M"c Dumesnil, chargée anciennement de tous les rôles de reines, mères et femmes délaissées. Les plaintes
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Aussi grand à Paris que terrible à la guerre, Opprimer le mérite est votre bon plaisir;
de M1Ie Sainval, adressées d'abord à M. le maréchal de Duras, furent renvoyées à l'examen de l'aréopage comique ; mais ce conseil ayant été assez maladroit pour décider la question en faveur de Mllc Sainval, M. le maréchal en fut très indigné et déclara, dit-on, assez naïvement qu'il ne croyait pas que les comédiens jugeraient comme cela, qu'ils ne pouvaient revenir sur leur signature au bas de la liste et du répertoire qu'ils avaient fait pour la Vestris, et qu'il fallait que MM. les quatre premiers gentilshommes en jugeassent. »
L'affaire en était là, lorsque la publication d'une brochure anonyme qui fut attribuée à tort à M1 e Sainval et dans laquelle cette actrice était défendue avec un zèle imprudent, tandis que l'on y maltraitait fort ses adversaires, changea brusquement les dispositions des comédiens et servit à souhait les projets de M""' Vestris et du maréchal. Aussitôt, ajoute Grimm, « quatorze membres de l'aréopage comique ont menacé de quitter le théâtre s'il ne leur était pas permis de rayer MIle Sainval de leur tableau. Les gentilshommes de la chambre ne se sont pas contentés d'approuver cette radiation, ils ont encore fait exiler Sémiramis Sainval à trente lieues de Paris. » La brochure en question, qui avait pour titre Lettres de J/,ne la comtesse
de Mal.... a Mme la marquise d' A , était l'œuvre de
Mme de Saint-Chamond, qui se déclara seule coupable, mais sans réussir à faire révoquer l'ordre d'exil. Le public, prenant fait et cause pour la victime, se chargea de la venger. « Il est assez généralement pour Sainval, remarque Métra, on la plaint, on la regrette. Malgré les sergents et les gai des répandus dans toute la salle et même placés aux portes des loges, lorsque la belle Vestris fait la reine à son aise, on se mouche, on crache, on frappe des pieds et la tranquille majesté de la princesse a bien de la peine à ne pas se déconcerter. Adieu la tragédie ! »
Plus heureuse que sa rivale, M"e Sainval mit sa disgrâce à profit pour donner en province une série de représentations aussi brillantes que fructueuses.
224 C l air amb aul t- M aurepas.
C'est fort bien fait à vous : d'une ou d'autre manière, Il faut bien quelquefois montrer qu'on sait agir.
Contemplez, ô Français, le digne successeur De Turenne et Villars, de Berwick et Maurice : Le bâton glorieux, le prix de la valeur Duras sait l'acquérir en b une actrice.
A l'ombre des lauriers qui ceignent votre front, On dit que va dormir l'illustre favorite; Par malheur, ce repos ne saurait être long : Vos lauriers, monseigneur, se flétrissent trop vite.
Poursuis donc, ô Duras, remplis tes grands projets,
Cacodemon rendra ta mémoire immortelle,
Et tu vas figurer dans le brillant palais
Que Voltaire décrit, chant trois de la Pucclle.
Qu'a donc fait la pauvre Sainval,
Pourquoi la traiter aussi mal ?
Duras la brise comme un verre.
Oh ! le grand homme en temps de paix !
Que serait-ce donc des Anglais
S'il descendait en Angleterre ?
Leurs projets
Sans effets Tourneraient en eau claire, Si Duras leur faisait la çuerre.
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Duras est un grand maréchal, Duras est un grand général; Il gouverne la Comédie, Il plaît à la ville, à la cour; Avec Vestris il fait l'amour, Il a place à l'Académie.
Tant d'exploits
Sont, je crois,
De bons droits
Aux suffrages; Il a bien du cœur à l'ouvrage.