II
50 Clairamhault-Maurepas,
Qu'avec Lassay* Bourbon s'amuse.
Tout le monde les en accuse.
Ils ont tous deux même raison, Mais elle devrait bien lui dire Qu'il faut qu'avec discrétion Chez une veuve on se retire.
Que la jeune duchesse enrage*.
Que son mari n'en fasse usage.
Je le croirais facilement.
Mais s'il faut qu'un amant la venge.
Que Duchallat soit cet amant Un tel choix me paraît étrange.
Que la Conti soit très fâchée ' D'être au lit d'un singe attachée,
1. Armand Madaillan de Lesparre, marquis de Lassay, fils du romanesque auteur du Recueil de différentes choses^ avait inspiré une vive passion à M°*« la duchesse mère, restée veuve à trente six ans de Louis III, duc de Bourbon. On trouvera dans la Cl!7rr^j^^7m/!tm£^^ de Madame (3 avril 1721), l'observation mordante que cette liaison attira à M^"' la duchesse de Bourbon de la part de M. le Duc, son fils.
2. Mademoiselle de Conti mariée à M. le Duc, qui acceptait philosophiquement une infortune conjugale dont il était la cause première. « Bien des gens, disait-il, croient être à couvert du cocuage, mais c'est une erreur. J'ai cru me mettre à l'abri en épousant un monstre : cela ne m'a servi de rien, car un vilain Duchallat, plus laid que moi, me fait cocu. » (Correspondance de Madame.)
3. Louise-Elisabeth de Bourbon, fille de Louis III de Bourbon , mariée à Louis-Armand de Bourbon , prince de Conti. La Fare, dont il est ici question, n'est pas l'auteur
Année lyjG. 51
Cela se peut-il autrement?
Mais qu'elle s'en tienne à La Fare, Ou son appétit n'est pas grand, Ou sa retenue est bien rare.
Que Sur-Yon impatiente Avec le Marton se contente*, Il n'est rien de surprenant ; Mais qu'elle, l'aimant à la rage.
N'en éprouve aucun accident, Elle est plus heureuse que sage.
Que CharoJais, jeune et fringante, Pour Richelieu soit complaisante'.
N'est-ce pas le sort de son sang ?
M^ pour un seul c'est bien la peine ;
bien connu des Mémoires ^ mais son fils, Philippe-Charles, ancien chevalier d'honneur de la dauphine, qui devint plus tard maréchal de France.
1. Louise -Adélaïde de Bourbon, sœur du prince de Conti, nommée mademoiselle de la Roche-sur -Yon. — Marton, fils de M. de Blansac, était colonel du régiment de Conti.
2. Louise-Anne de Bourbon, nommée M"* de Sens^ puis M*^* de Charolais^ fille de Louis III de Bourbon, avait une intrigue avec le duc de Richelieu, qui s'était flatté de l'épouser. « Elle se prit d'une telle passion pour lui que, malgré ses infidélités, elle ne cessa jamais de l'aimer éperdument. Ceux qui l'entouraient furent si touchés de ses tourments, qu'ils tâchaient de les tempérer en favorisant leurs entrevues secrètes, mais que peu après le duc divulgua. La princesse sa mère, furieuse de ces amours, maltraitait sa fille, ne pouvant souffrir qu'elle imitât une conduite dont elle lui donnait l'exemple; mais le jeune
52 Clairamhault'Maurepas»
A son âge belle-maman En exerçait demi-douzaine.
Qu'à Du Maine, laide et nabote *, Un Malézieu lève la cotte ^ Le marché pour tous deux est bon ; Mais que de Polignac n'en bouge' Et couche avec cet embryon, C'est faire honte au chapeau rouge.
Que la belle MonasteroUe Se donne pour mille pistoles, Chacun dira : Je le crois bien ; Mais que pour une on en jouisse.
Même très souvent pour rien, On dira : Gare la chaude-pisse !
seigneur allait faire Tamour pendant la nuit à l'hôtel; l'appartement de la jeune princesse étant au rez-de-chaussée sur le jardin dont il avait une clef, il arrivait chez elle par la fenêtre, sans que personne s'en doutât. » (Mémoires d$ Richelieu,)
1. Anne-Louise Bénédicte de Bourbon, fille de Henri- Jules de Bourbon, mariée au duc du Maine. Elle s'était formé à son château de Sceaux une cour galante qui devint un foyer d'intrigues politiques. (Cf. Mémoires de AT"» de Staal-Delaunay.)
2. Nicolas de Malézieu (1650-1727), membre de l'Académie française, fut précepteur du duc du Maine, qui le nomma chancelier de la principauté de Dombes. Il était l'organisateur des fêtes de Sceaux.
3. En 1718, Madame écrivait : « L'amant tenant de M™' du Maine est le cardinal de Polignac, mais elle en encore beaucoup d'autres, le premier président, et même des drôles. »
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Que Jonzac à Conti se donne *, Elle .s'allie à, la couronne :
Quelle gloire pour les Hénaults ; Mais que sans garder de mesure Tous les muguets lui soient égaux Pour le Jonzac quelle coiffure 1
Qu'au tendre Nangis La Vrillière '•
Donne jouissance plénière,
La Dauphine^ en fit bien autant,
L M. de Jonzac avait épousé une sœur du président Hénault. Moins philosophe que les autres maris de ce temps, il donna à propos du prince de Conti deux soufflets à M"** de Jonzac en pleine église. Ce moyen violent ne lui réussit guère, les rieurs ne furent pas de son côté, et il dut s'estimer heureux de se raccommoder avec sa femme.
2. Elle était en intrigue avec le jeune duc de Bournonville. (M.)
3. M"»* de La Vrillière, femme du secrétaire du Conseil de régence , était l'amante de Nangis , colonel du régiment du roi, homme fort à la mode, « la fleur des pois, » comme dit Saint-Simon. Il est posssible qu'elle ait eu des relations avec le Régent, mais ce ne fut sans doute qu'une mûUresse à passade. On lui attribua plus tard l'honneur d'avoir déniaisé le jeune Louis XV.
4. L'intrigue de Nangis avec la duchesse de Bourgogne n'eut probablement pas le caractère qu'on lui attribue ici. M*"" de Caylus dit à ce propos dans ses Souvenirs : « Nangis est le second pour lequel M"* la Dauphine a eu du goût. Je ne parlerai pas de celui-là comme j'ai parlé de l'autre, et j'avouerai que je le crois comme le public ; la seule chose dont je doute, c'est que cette affaire soit allée aussi loin qu'on le croit, et je suis persuadée que cette intrigue s'est passée en regards et en quelques lettres tout au plus. Je me le persuade par deux raisons : l'une,