‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 128 sur 147 · Chiennes qui appartiennent audit garde · texte numérisé non relu

Chiennes qui appartiennent audit garde

Année ij3i. 257

Par devers vous crier merci Pour cas qui les met en souci.

C'est au sujet d'une ordonnance Qui fait une expresse défense A tout incivil animal D'entrer dans le Palais-Royal , Et surtout à la gènt canine.

Cet ordre, en effet, les chagrine , Mais leur respect est le plus fort ; Elles sentent qu'on n'a point tort D'agir avec cette rudesse Envers tous ceux de leur espèce.

Jadis, ils osèrent gâter La demeure de Jupiter, Mais leur punition fut telle Qu'aucun n'en rapporta nouvelle ; Ce qui fait que chiens de leur nez S'entrefont fête où vous savez.

Ceci peut être une imposture, Mais comme on craint que telle injure Ne se commette de la part De ces animaux, sans égard Pour les lieux les plus vénérables, On ne veut point que leurs semblables Entrent désormais dans celui Qu'on doit respecter aujourd'hui, Tant pour les beautés qu'il enserre Que pour le maître qu'on révère.

Les suppliantes cependant, Sans condamner aucunement

258 Clairambault-Maurepas.

L'équité de cette ordonnance, Voudraient pour elles seulement Qu'on pût avoir quelque indulgence, Vous remontrant très humblement Qu'une semblable complaisance Ne peut tirer à conséquence; Qu'il est chiens et chiens dans Paris.

Celles-ci sont chiennes d'un prix Qui vaut bien qu'on leur fasse grâce, Les distinguant 'entièrement Des vils animaux de leur race.

Car, sans parler qu'en les voyant Un des premiers princes du sang Fut charmé de leur gentillesse Et daigna leur faire caresse, On peut, sans risque, être garant De leur réserve et leur sagesse, Tant on prit soin correctement De bien diriger leur jeunesse.

Permettez donc que, librement, Elles puissent avoir entrée Dans cette enceinte révérée, Qui de Paris fait à présent Les délices et l'ornement.

Si vous honorez leur prière De cette faveur singulière, Plutonne vous remerciera Et Mouche vous caressera, Si vous aimez qu'on vous caresse ; Comme elle vous divertira, -

Année ij3i. 259

Si vous voulez voir son adresse,

Sa légèreté, sa souplesse.

Leur maître aussi vous répondra,

Car il est bon qu'il en réponde,

Que sur elles il veillera.

Si bien qu'il ne se passera

Rien de déshonnête et d'immonde

Dans ce rendez-vous du beau monde.

De plus, il vous assurera

Que, plus sages dans leur conduite

Que bien des filles d'Opéra,

Nulle des deux ne permettra

Qu'aucun galant vienne à sa suite.

Ainsi, soyez en sûreté

Contre toute incongruité

De la part des deux suppliantes,

Qui sont vos très humbles servantes.

LE

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