‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 3)Chapitre 91 sur 147 · NAISSANCE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

NAISSANCE DU DAUPHIN

Le ciel nous favorise enfin, Nous venons d'avoir un Dauphin.

Buvons du vin au lieu de bière.

De nos cœurs chassons le chagrin, Nous chanterons soir et matin, Bénissons Dieu de cette affaire.

Que chacun donc se mette en train Et versons des tonneaux de vin, Quoique d'argent nous n'ayons guère.

Le Dauphin nous le rendra bien,

Car il en aura le moyen,

Ou ce sera monsieur son père.

1. « Grand événement dans notre État ! Dimanche, 4 de ce mois (septembre), entre trois et quatre Heures du matin,, la reine est accouchée d'un Dauphin. Aussitôt courrier à la ville et à M. le premier président et le tocsin du Palais et de la ville ont été entendus. A midi, il y avait déjà une ordonnance de MM. les prévôts des marchands et échevins affichée pour faire des feux de joie et illuminations aux maisons pendant trois jours, comme aussi de fermer

184 Clairambault-Maurepas.

Avant que d'être au monde mis, Toute chose montait de prix, Même jusques à la lumière.

Mais à présent tout va changer ; Nous avons tout lieu d'espérer Sous un aussi beau ministère.

L'on nous va. rendre notre bien, Ainsi le prétend le Dauphin, Qui s'est fait fort de cette affaire.

Car il est déjà généreux Et chacun sera très heureux Dès qu'il saura marcher par terre.

Que de gens vont être contents, - Que de femmes feront d'enfants, Que de filles s'en feront faire !

Et les paniers, plus que jamais,

Seront utiles désormais ;

Ah ! quel gain pour chaque ouvrière !

les boutiques. Il y a eu feu de fagots à l'Hôtel de ville avec illuminations, ainsi que toutes les rues de la ville.

« Le lundi, le Parlement, qui a la police supérieure, a rendu arrêt pour dire que les boutiques seraient ouvertes jusqu'à midi et que les feux et illuminations continueraient encore le mercredi quatrième jour, et le lieutenant de police a rendu ensuite son ordonnance en conséquence de l'arrêt. » (Journal de Barbier.) . . .

Année lJ2g. 185

Buvons à ce charmant enfant Qui sera quelque jour très grand.

Buvons à madame sa mère.

Que Dieu lui donne d'heureux jours Et que rien n'en trouble le cours, Mais, vive son aimable père !

Ah ! que j'aime le Dauphin, Son nom rime assez au vin ; Nous en faut-il davantage Pour lui rendre notre hommage ?

Lampons, camarades, lampons.

Il est du sang de Bourbon, Donnez-moi donc du bon.

J'en tire la conséquence, Qui me paraît d'importance.

En septembre il a paru, C'est le mois du bois tortu ; Il portera bonne chance Au vignoble de la France.

Hérault a fait imprimer Qu'il fallait boire et manger i ;

1. Aussi « les maisons des échevins étaient illuminées v. 16.

186 Clairambault-Maurepas.

Suivons donc son ordonnance, C'est pour le bien de la France.

Le roi, sans faire d'édit, Vient lui-même dans Paris 1 ) Nous montrer par sa présence Qu'il faut boire Ji toute outrance.

Quand au monde vint Bacchus, On ne but pas tant de jus, Qu'on en boit pour la naissance De notre Dauphin de France, Lampons, camarades, lampons.

en lampions et avec des lustres tous les. jours, et deux tonneaux de vin chaque soir à leur porte, des cervelas et des petits pains. » {Journal de Barbier.)

I. « Le mercredi, le roi vint de Versailles à Paris, sur les cinq heures et demie pour assister à Un Te Deum qui s'est chanté en musique.... Après le Te Deum, le roi alla à l'Hôtel de ville avec toute sa cour. Il y fut reçu par le gouverneur de Paris, le prévôt des marchands et échevins. On tira un feu d'artifice magnifique. Après le feu il y eut un grand souper. » {Journal de Barbier.)

Année 172g. 187

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