‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 53 sur 128 · LA VERTU DU REGENT · texte numérisé non relu

LA VERTU DU REGENT

La vertu de notre Régent

En tout se fait connaître ; Il est savant, pieux, prudent,

Autant qu'on le peut être.

De l'Église il se rend l'appui,

Le jeûne l'incommode ; Il nous fait tous jeûner pour lui :

La pieuse méthode !

Sénèque 1 autrefois a prêché Le mépris des richesses,

1. Dans plusieurs de ses écrits et notamment dans ses Lettres à Lucilius, le philosophe romain Sénèque revient fréquemment sur le mépris que le sage doit éprouver pour la richesse.

On sait que Regnard, dans le Joueur, a mis en vers

146 Clairambault-Maurepas.

Cela nous a-t-il empêché

D'en faire nos déesses?

De notre Régent, prix pour prix,

La prudence est plus grande ; Pour nous enseigner ce mépris,

Tous nos biens il demande.

Vous me direz que du Régent

La gloire serait ample, Si, pour le mépris de l'argent,

Il nous servait d'exemple.

Il agit en vrai chrétien,

Ses bontés sont extrêmes ; Il fait voir qu'il veut notre bien ,

En dépit de nous-mêmes.

quelques-unes des pensées de Sénèque. Lorsque le Joueur a perdu son argent, son valet, sur son ordre, ouvre Sénèque, et tombe sur ces réflexions philosophiques tout à fait appropriées à la circonstance :

La fortune offre aux yeux des brillants mensongers ; Tous les biens d'ici-bas sont faux et passagers; Leur possession trouble, et leur perte, est légère ; Le sage gagne assez quand il peut s'en défaire.

Après quoi il ajoute judicieusement :

Lorsque Sénéque fit ce chapitre éloquent

Il avait, comme vous, perdu tout son argent.

Année 1717. 147

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