‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècle (volume 4)Chapitre 80 sur 128 · Voici le procès-verbal de l'arrestation de Voltaire · texte numérisé non relu

Voici le procès-verbal de l'arrestation de Voltaire

« François-Marie Arouet, sans profession, fils du sieur Arouet, payeur de la Chambre des comptes, entra à la Bastille, le 17 mai, accusé d'avoir composé des pièces de

220 Clairambault-Maurepas.

Ne dormant point, buvant chaud, mangeant froid, Sans passe-temps, sans ami, sans maîtresse 1 . « O Marc-René ! que Caton le Censeur 2 Jadis dans Rome eût pris pour successeur,

poésie et vers insolents contre M. le Régent et M me la duchesse de Berry, entre autres une pièce qui a pour inscription : Puero régnante. Accusé aussi d'avoir dit que, puisqu'il ne pouvait se venger de M. le duc d'Orléans d'une certaine façon, il ne l'épargnerait pas dans ses satires, sur quoi quelqu'un lui ayant demandé ce que son Altesse Royale lui avait fait, il se leva comme un furieux

et répondit : « Comment ! vous ne savez pas ce que ce b

« m'a fait? Il m'a exilé parce que j'avais fait voir au pu- « blic que sa messaline de fille était une p »

« Signé : M. d'Argenson ; Deschamps, grenier ; le commissaire Isabeau ; Bazin, exempt de robe courte. »

Nous avons déjà remarqué que si la satire sur les Maux de la fin du règne de Louis XIV fut le prétexte de l'emprisonnement d'Arouet, les épigrammes contre le Régent et la duchesse de Berry étaient le véritable motif de sa détention. Le procès-verbal ne laisse aucun doute sur ce point.

i. La maîtresse à laquelle Voltaire fait allusion doit être la belle Suzanne-Catherine Gravet de Corsembleu de Livry. Elle l'avait trahi pour Genonville, que le poète imprudent avait eu le tort d'admettre dans son intimité. C'est de ce perfide ami qu'il disait plus tard :

Je sais que par déloyauté Le fripon naguère a tâté De la maîtresse tant jolie, Dont j'étais si fort entêté.

Il rit de cette perfidie, Et j'aurais pu m'en courroucer, Mais je sais qu'il faut se passer Des bagatelles dans la vie.

2. Marc-René de Voyer d'Argenson, alors lieutenant de police.

Année ijij. 221

O Marc-René ! de qui la faveur grande

Fait ici-bas tarit de gens murmurer,

Vos beaux avis m'ont fait claquemurer 1 ,

Que quelque jour le bon Dieu vous le rende ! »

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