DISGRACE DES SOUS-FERMIERS
Or écoutez, petits et grands.
Gens de rapine et partisans.
L'aventure la plus sinistre Que jamais ait causée ministre,
1. On lit dans la Relation de la prise des forts Osivegû, etc. : « Dès la fin de l'année, le marquis de Vaudreuil, gouverneur et lieutenant de la Nauvelle-France prit des arrangements pour faire harceler continuellement les Anglais dans leurs propres colonies. Il a tenu durant tout l'hiver en campagne des détachements de Canadiens, de soldats et de sauvages. Ses détachements ont fait des incursions de tous les côtés ; les sauvages ont tué beaucoup de monde. »
2. Au mois de septembre, lors du renouvellement du bail des fermes générales, M. de Séchelles, contrôleur
2^2 Clairamhault^Maurepas.
A rencontre des sous-fermiers Qui sont réduits sur le fumier.
Sans pitié, sans humanité, Vous avez assez maltraité Et l'orphelin et Torpheline ; Le paysan et sa voisine, Cabaretiers et laboureurs, Comme des insignes voleurs.
Pour avoir su trop haut monter.
Il faut maintenant décompter De vos airs rogues et barbares, Dont vous traitiez comme Tartares Vos pauvres diables de commis £t ceux qui vous étaient soumis.
Bouffis d'orgueil en arrivant.
Au tapis vert insolemment Vous criiez comme des anguilles ; Pour des misères, des vétilles,
général des finances, augmenta de vingt le nombre des fermiers généraux, qui se trouva ainsi porté à soixante, et supprima les sous-fermiers. « Ce changement, constate Barbier, met un peu de consternation dans Paris. Il y a plus de deux cents sous-fermiers dans les aides et dans les domaines. Ils ont des associés dans leur intérêt, parents ou amis en secret, qui ne paraissent pas, en sorte que cela intéresse, dit-on, quatre cents familles qui n'auront plus ni gain ni profit. Ces financiers dans Paris faisaient beaucoup de dépenses j c'était l'état brillant. Il faut que tout cela se retranche ou se retire en province. »
Année ijS5. 253
Vous dégottiez, révoquiez net Pour un rien le meilleur sujet ;
Un sujet qui pendant dix ans Avait travaillé fortement, Avait bien garni vos offices De jambons, pâtés et saucisses.
De gibiers de toutes saisons.
Dont vous nourrissiez vos maisons.
Qui ne faisait holocauster Était bien sûr de n'avancer.
Pour le combler de vos largesses, Vous l'amusiez de vos promesses; Le jouant dans l'occasion, Vous le traitiez comme un oison.
Pour vos amis et vos parents, Ils étaient tous assez contents.
Remplissant les premières places.
Quoique vains, ignorants, tenaces.
Faisant sentir avec aigreur De leur crédit la pesanteur.
Vous qu'un carrosse de Martin N'osait promener le matin, Demi-duchesses, sous-fermières.
Qui jadis étiez couturières ; A pied, sans laquais ni cocher.
On vous verra chez le boucher.
vu. aa
254 Clairambault'Afaurepas,
Plus d'affiquets et de pompons^ Plus de cadenette au chignon.
Plus de rubans, de prétentaille ; Nous userons de représaille £n vous laissant voir seulement La femme du simple artisan.
Or prions le doux Rédempteur De nous sauver de la fureur De ces misérables corsaires, Dont les bedaines mercenaires.
Pour seul et meilleur aliment, Ne vivaient que de notre sang.