‹ Chansonnier historique du XVIIIe siècleChapitre 99 sur 213 · Clairambault''Maurepas · texte numérisé non relu

Clairambault''Maurepas

Elle ne peut troubler votre tranquille paix,

Doux et bienheureux fruit de vos galants forfaits.

Il n'est plus maintenant que la gent quesnelliste,

Proscrite sans retour comme la janséniste,

Qui puisse censurer ces motifs glorieux

Qui vous ont fait choisir pour régner en ces lieux.

Mais quels biens ou quels maux peut vous faire une engeance

Qui pour tout mur d'appui n'a que la Providence ?

Honnie, humiliée, en-ante en tous climats,

Elle cherche un repos qu'elle ne trouve pas.

Est-il homme sensé, sachant un peu son monde.

Qui ne la montre au doigt, qui partout ne la fronde ?

Nos prélats, ces esprits courtisans et subtils,

Je m'en rapporte à vous, quelle estime en font-ils ?

Le Chinois, l'Anglican, le Turc, le Spinosiste

Partout sont accueillis ; mais pour le janséniste.

C'est un monstre banni de la société.

Qu'on ne peut voir sans honte et sans être noté.

Voyez le. grand Boyer et l'humble du Repaire^,

Prélats dont l'avenir aura peine à se taire.

L'un fait pour commander, l'autre pour obéir ;

Les vit-on sur ce point jamais se démentir ?

Ils n'en peuvent souffrir l'odeur ni la présence.

Tout ce qu'ils ont d'esprit, de vertu, de prudence

I. Christophe de Beaumont du Repaire, d'abord chanoine et comte de Lyon, puis évêque de Rayonne et archevêque de Vienne, avait été promu à l'archevêché de Paris, en 1746, à la mort de M. de Bellefonds. Ce prélat éminemment vertueux déchaîna contre lui une perpétuelle irritation par le zèle qu'il mit à soutenir la bulle Unigenitus et à persécuter les jansénistes.

Annie ij5o, 165

Consiste à tourmenter jusqu'après le trépas Quiconque ose en ceci broncher, faire un faux pas. Aussi qui les a vus jadis si plats, si minces, Les voit aller de pair avec les plus grands princes, Marcher sur le velours, chargés de revenus.

Inondés de faveurs jusqu'à n'en pouvoir plus. Suivez ce beau modèle, incomparable Urbine, De nos deux grands prélats aimable chérubine, La sainte Unigénit comprend toute la loi :

Un mot, une syllabe est article de foi.

Qu'elle soit jour et nuit votre seul catéchismp. C'est un remède sûr contre le jansénisme.

Votre premier métier point ne vous l'apprendra, Mais par doctes leçons vous y fortifiera; Par elle vous croîtrez de jour en jour en grâce. Prélats, moines, docteurs, abbés, enfants dTgnace, Tous, j'en excepte peu, vous mettront dans les cieux. Ou tous vous couveront, comme on dit, de leurs yeux ; En suivant mot à mot, sans faire la sucrée, De cet Unigénit la doctrine sacrée, Ne vous figurez pas qu'il faille aucunement Qu'il se fasse chez vous le moindre changement ; Hormis, et voilà tout, l'habit et la coiffure. Toujours même trantran et toujours même allure.

En effet, en ces lieux avant vous détestés, Pour qui sait s'en servir, que de commodités ! Vous en savez le plan et la topographie.

Ayant autant de goût, de talent, de génie, Dexpérience enfin que femme en peut avoir

i66 Clairambault^Maurepas.

(Vous voyez si je parle en l'air et sans savoir). Ne croyez point alors que la dévote paire VfndbBféqoa^ dont Tun pour l'autre est solidaire, Ose souffler le mot, vous contredire en lîen^ t/)rsqu'il8 vous ont choisie ils vous connaissaient bien.

LE

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