ENTRE LYON ET CONDRIEU
Entre Lyon et Condrieu, J'ai fait un rêve étrange
Qui s'accomplira, plaise à Dieu, Si rien ne le dérange.
Je lis sur un grand écriteau ;
« Clos et maison à vendre. »
Point de parc et point de chàieua ;
Je n'y saurais prétendre.
La façade s'ouvre au matin Sur la verte campagne;
On aperçoit dans le lointain Le bleu de la montagne.
J'achèterais, argent comptant, La maison et la terre...
Je me trouverais si content D'être propriétaire!
Le capital qu'on y mettrait
Devrait nourrir sou maître,
Et rapporter sou intérêt...
Davantage peut-être.
J'épouserais quelque Pbilis
Eclose en ces parages, Des cheveux d'or, un teint de lis,
Un cœur exempt d'orages.
Nous saurions borner notre soin
A ce petit domaine; Nous verrions de haut et de loin
La mascarade humaine.
Nous aurions une basse-cour,
L'agréable et l'utile; Nous enverrions les œufs du jour
Au marché de la ville.
Chacun de nous tiendrait l'emploi
Que son sexe désigne, En dirigeant, ma femme et moi.
Le mûrier et la vigne.
Elle nourrirait au grenier
Le ver qui fait la soie; J'eutasserais dans mon cellier
Le vin qui fait la joie.
ils ont ici des arguments
D'une nouvelle espèce :
On dit que, plus on a d'enfants,
Plus on a de richesse.
Je saurais arrondir ainsi Ma petite fortune ;
280 cnANSONS A DIRE
Qui sait? je pourrais être aussi Maire de ma commune!
A ce titre, je régnerais,
Sur tous ces bons apôtres;
Marié, je m'occuperais A marier les autres.
Nous aurions notre banc garni
Dans le chœur de Saint-Jacques;
Nous offririons le pain bénit Le dimanche de Pâques.
Le joli projet que voilà!
Mais une chose y manque :
Je crois que cette chose-là,
C'est le nerf de la banque ;
Peut-être aussi la volonté
Et le cœur à l'ouvrage.
Il est trop tard, enfant gâté,
Pour entrer en sevrage.
Adieu projet, bonheur adieu!
Un souffle vous enlève.
Entre Lyon et Condrieu,
J'ai fait un joli rêve.