LE CŒUR VOLANT
A l'auberge du Cmir volant, Les amoureux et les touristes Vont passer un mois en artistes, Monde aventureux et galant.
Par un soir joyeux de septembre, Un voyageur pâle et souffrant Heurte au seuil et dit en entrant :
— Peut-on me donner une chambre ?
Arrive à pas lents l'hôtelier; Accourt salfemme la première.
— C'est vous, Monsieur, dit l'hôtelière, C'est vous qui vîntes l'an dernier.
Votre chambre était au deuxième...
Oh ! j'ai bonne mémoire, allez !
Elle est libre, et si vous voulez?...
— Mais, non, je ne veux pas la mê;i.e.
— C'est bien, Tous ferez votre chois- Mais cette dame ou demoiselle.
Si bonne, si simple, si belle.
Qui vint avec vous l'autre fois,
Ne l'avez-vous pas amenée?
Alors je devine ceci :
Vous préférez l'attendre ici?
— Mais non, je suis seul cette année.
— C'est dommage, nous l'aimions tous.
Les pauvres disaient : Viendra-t-elle, La dame délicate et frêle ?
Car souvent nous parlons de vous.
Tous les soirs, à la promenade, Vous alliez soutenant ses pas.
Elle est malade, n'est-ce pas ?
— Mais non, elle n'est pas malade.
— Ali ! mon bon monsieur, qu'ai-je fait? C'est moi qui vous déchire l'âme.
Soyez indulgent, je suis femme ;
J'ai parlé plus qu'il ne fallait Et pourtant ma frayeur l'emporte...
Elle est... Vous ne répondez rien.
Elle est morte, je le vois bien.
— Mais, noni non, elle n'est pas morte.
— Que vois-je? des pleurs dans vos yeux? Et c'est moi qui les fais répandre!
On n'a pas besoin de comprendre Pour plaindre les gens malheureux.
— Oui, bonne femme, je suis t>iste, Etj'ai besoin de voyager;
Mais chez vous je ne puis loger.
Adieu, l'auberge et l'aubergiste I
CnANSONS A JOUER 309