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LETTRE

d'un étudiant a U.\1£ ÉTl DIAMB

Je t'ai promis, petite folle, De t'écrire uu moins une fois Avant ma rentrée à l'école ; J'obéis toujom's, tu le vois.

Que te dirai-je ? Que je t'aime....

Méchante, vous le savez bien.

Puis, tu me répondrais de même, Et cela ne prouverait rien.

Parlons plutôt de mon voyage :

Je m'amuse comme un enfant; Je suis chez mon oncle-héritage De qui tu rêves si souvent.

Toi qui n'as jamais, que je pense, Dépassé Saiut-Gloud ou Pantin, Tu te figures que la France N'existe qu'au pays Latin.

Détrompe-toi, ma bonne amie, La province a des habitants

Qui vivent avec bonhomie,

Et qui sont toujours bien portants.

Ils ont un soleil magnifique, Un air pur, un vaste horizon :

Depuis que le printemps abdique.

L'automne est la douce saison.

Je vois d'ici des paysages Comme on en peint dans les tableaux; Les près, les bois et les villages Posent exprès sur les coteaux.

Là-haut, la butte aride et sèche ; J'y chasse, sans savoir pourquoi; Là-bas, la rivière où je pêche, Ce qui me fait penser à loi.

Puis, c'est une saveur champêtre Qui semble sortir du terroir; Des paysans, sans me connaître, En passant, me disent bonsoir.

Tu ne te doutes pas des choses Que l'on peut apprendre en courant; Sais-tu ce .qui produit les roses ?

Des rosiers. — Cela te surprend ;

Car tu n'as jamais lu Malherbe, Ni BufFon, ni monsieur Cousin.

On fait le foin avec de ITierbe, Et le vin avec du raisin.

Une autre chose que j'admire,

Ce sont les moulins ; c'est charmant;

Cela tourne à mourir de rire ;

On n'a jamais bien su comment.

Il faut que je te dise encore Que je suis vivement épris D'une étrangère : c'est l'aurore, Qu'on n'a jamais vue à Paris.

Ce matin, près de la rivière, Je marchais, un livre à la mai h ; J'ai découvert une chaumière Où ne conduit aucun chemin ;

Un toit de mousse et de verdure.

Étroit pour un, large pour deux; Un nid construit par la nature Pour abriter un couple heureux.

Et je me disais que la vie Y pourrait être douce un jour.

Pour peu que ma philosophie Se parfumât de ton amour.

Et voilà les rêves que j'aime, E n attendant les jours frileux, Et ma chambrette du cinquième Et le cours de Duranton deux.

Adieu, ma chatte, sois bien sage; Tiens tout ce que tu m'as promis,

Et réponds à mon griffonnage En me parlant de nos amis.

Adieu, je t'embrasse à pincettes

Sur ton cou blanc, sur ton œil noir,

Et, surtout sur les deux fossettes

Qui m'ont pris mon cœur, un beau soir.

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