‹ Chansons à direChapitre 20 sur 130 · DOUBLE RENCONTRE · texte numérisé non relu

DOUBLE RENCONTRE

Par le cheiuin, Un bâton à la main, J'allais de Folie à Sornette; Suivait aussi, Vous la voyez d'ici.

La môme route une fillette.

La Jjelle enfant, Qui se trouvait devant.

Paraissait marcher inquiète.

Sans me presser, Je pus la dépasser, Lt doucement tournai la tête.

Mon seul regard Perça de part en part La voyageuse délicate; Sa joue en fleur Prit soudain la couleur Du coquelicot écarlate.

Ce grand émoi, Qui n'était pas pour moi.

Était-il de naïve espèce?

N'abusant pas D'un pareil embarras,

Je traversai Le bois d'un vert foncé, Egayé par les mousses jaunes, Et le ruisseau. Dissimulant son eau Sous les peupliers et les aunes.

Un cabaret Non loin de là s'ouvrait, A l'enseigne de la Redoute.

Les voyageurs.

Plutôt ici qu'ailleurs, S'arrêtaient pour prendre une goutte.

Comme, étant las, Je modérais mon pas.

Je vis venir a ma rencontre Un beau garçon.

Marchant d'autre façon.

Qui regardait l'heure à sa montre.

Ce luron-là Soudain me rappela Notre paysanne gentille.

Il va de soi, Sans qu'on sache pourquoi, Ou'un garçon rappelle une fille.

Et je me dis :

S'ils vont au paradis, Et qu'ils marchent toujours de même,

Lui prestement, Elle tout doucement.

On pourra poser ce problème :

Est-ce au bois vert?

Est-ce au ruisseau couvert?

Au cabaret de la Redoute?

Je n'en sais rien, Mais je gagerais bien Qu'ils se rencontrèrent en route.

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