‹ Chansons à direChapitre 55 sur 130 · LA VEILLE DU DÉPART · texte numérisé non relu

LA VEILLE DU DÉPART

Nous allons nous quitter, peut-être Pour ne plus nous revoir. Je sens se fondre tout mon être, De désespoir.

Quel maître peut ainsi d'un geste

T'arracher de mes bras?

L'exilé, c'est celui qui reste, Et tu t'en vas.

Nous serons aux deux bouts du monde, Entre nous les déserts,

La barrière des monts, et l'onde Des vastes mers.

Une lettre tei'ne et glacée

Sera le seul témoin De notre secrète pensie,

De loin en loin;

Un portrait, un bout de dentelle

Par tes larmes froissé, Seront la relique mortelle D'un temps passé.

Est-ce la pensée ou la nôtre Qui vient à moi s'oTiii-?

C'eit que l'un de nou.=, u\ aiit lautre. Devra mourir.

Le trépas, dit-on, nous ccnvie Au mrine et dernier port; Mais quelle sera notre vie Après la mort?

Notre ciel sera-t-il le même?

Le saurons-nous jamais?

Je sais seulement que je t'aime...

Que je t'aimais.

G souvenance anéantie!

Avenir plein d'effroi!

Je te voudrais déjà partie...

Pardonne-moi.

Le soldat qui marche au supplice

Abrège son adieu :

« Au cœur! dit-il; qu'on en finisse I Et faites feu' »

Qu'il te souvienne de la veille D'un départ sans retour !

Que pas un bruit ne me réveille Au dernier jour!

Page 1