SOUHAIT
Périsse ta beaulé fragile, Source de toutes mes douleursl Puisse l'âcreté de mes pleurs La flétrir ainsi que les fleurs, La dissoudre comme l'argile!
Que blanchissent tes noirs cheveux Si fiers de leur reflet bleuâtre !
Que ces deux yeux que j'idolâtre, Comme des lampes de théâtre, Au jour naissant perdent leurs feuxl
Que les ans plus sûrs que la fièvre Déchirent enfin mon bandeau!
Qu'ils dévorent ce qui fut beau, Le "duvet qui naît sur ta peau Et le miel qu'exhale ta lèvre!
Périsse ta douce gaîlé!
Ta galté bruyante périsse!
Source ou rosée, à mon caprice^ Qu'en un matin elle tarisse « Sous les ardeurs de mon été!
i62 CHANSONS A DIRE
Que je puisse au moins les maudire.
Ces plaisirs qui font mon tourment I Et ce corps flexible et charmant, Et les larmes de ton amant, Et les perles de ton sourire 1
Que tout soit perdu sans regret! Alors, en te voyant paraître, Les jeunes gens diront peut-être :
« Comment peut-on la reconnaître ?
Pourtant naguère on l'admirait. »
Et peut-être alors trouverai-je, Dans quelque lieu sombre et caclié.
Ce calme que j'ai tant cherché, Je serai le champ défriché Qui se repose sous la neige.
0 ma douleur, ô mes amours, Pardonne-moi si je blasphème!
Que peut t'imporler à toi-môme?
As-tu besoin qu'un autre l'aime.
Puisque je dois t'aimer toujours?
PETITS POÈMES AMOUREUX i63