PENSÉES DE L'ABSENT
Vous demandez si je vous donne
Un souvenir par jour, Vous qui, du printemps à l'automne,
Retardez mon retour?
Oui, mon esprit, durant l'absence,
Suit son cours le plus doux; A qui voulez-vous que je pense,
Si je ne pense à vous?
Vous allez en juger vous-même,
Et vous direz après Si, bon gré, mal gré, l'on vous aimo
De loin comme de près.
Le matin envoie à la plaine
L'air virginal des monts :
C'est la saveur de votre haleine
Qu'aspirent mes poumons.
Tout se réveille et tout m'encliante :
Vous me parlez d'amour.
Le pourpier s'ouvre, l'oiseau chante :
Vous m'avez dit : « Bonjour. »
Au hasard je prends ma volée, Et vous suivez mes pas.
Comment, dans une verte allée, Ne vous verrais-je pas?
Partout s'offre la fleur nouvelle
Ou le fruit parfumé :
Il faut bien que je me rappelle
Le jardin tant aimé.
Je rencontre un pin d'Italie;
Un chêne m'apparait :
Comment voulez-vous que j'ouhlie
Notre chère forêt?
Dans chaque chose et dans chaque être Sont des yeux et des voix
Qui savent partout me connaître Et parlent à la fois.
L'insecte, ou la mouche qui vole,
Ou le papillon d'or, Me conte une aventure folle
Dont je souris encor.
La fraise rappelle vos lèvres;
Le miel, votre douceur; La mauve, qui calme les fièvres,
Votre saine fraîcheur.
Le vent plaintif dit nos alarmes;
L'orage, mes tourments; La rosée imite vos larmes;
Un écho, mes serments.
PETITS POEMES kMOUREUX 16o
Un site me peint votre grâce,
Un lis, votre fierté; Le pauvre, le pauvre qui passe,
Me dit votre bonté.
Puis, lorsque le soleil se couche,
Ses regards sont vos yeux ; Et mes doigts posés sur ma bouche
Vous ont fait mes adieux.
Et, la nuit, des rêves encore
M'entretiennent d'espoir.
Je vais vers vous avec l'aurore,
Et vous venez le soir.
Ainsi, chaque mois de l'année.
Et chaque jour du mois, A chaque heure de la journée.
Je vous sens et vous vois; Ainsi ma pensée, à distance,
Suit son cours le plus do;)x :
A qui voulez-vous que je pense,
Si je ne pense à vous?
166 CnAN'SONS A DIRE