‹ Chansons à direChapitre 6 sur 130 · LES RUINES · texte numérisé non relu

LES RUINES

Quand le soleil se lève à l'horizon.

On voit, là-haut, sur la colline.

Parmi le lierre et le gazon,

La ruine.

Le matin, d'un rayon joyeux, L'éclairé de la base au faite; Le voyageur lève les yeux,

Et s'arrête.

Bravons la ronce et l'églantier; Il faut gravir l'âpre sentier Qui serpente autour de la butte; On aime à fouler sous ses pieds Ces vieux murs. Titans foudroyés, Orgueilleux encor dans leur cliule.

L'œil s'arrête sur ces débris ; Mais vainement sont-ils meurtris Par d'impitoyables fougères ; L'esprit reconstruit le passé :

Le vieux château s'est redressé Sur ses souvenirs légendaires.

Les chevaux piaffent dans la cour; Le cor sonne; la meute accourt; ^e pont s'abaisse ; allons, en chasse I Piqueurs, découplez les limiers; Voici venir les chevaliers Et la châtelaine qui passe.

Ah ! pourquoi le cœur ne peut-il

Renouer de même le fil

Des illusions passagères?

Ce ne sont pas les châteaux seuls

Qui portent les sombres linceuls

Tissus de mousse et de fougères!

Mais n'entends-je pas une voix Qui m'apporte, au travers des bois, Une note plaintive et douce?

Un éclair se fait dans la nuit; Tout le passé se reconstruit; Arrachons le lierre et la mousse !

Là-bas sont les pays plus doux; L'heure a sonné le rendez-vous; Nous sommes deux, et le jour baisse.

Dieu nous mesure les instants :

0 la jeunesse du printemps!

0 le printemps de la jeunesse!

Quand le soleil se couche à l'horizon, On voit, là-haut, sur la colline.

Parmi le lierre et le gazon, La ruine.

Le soir pâle et mystérieux De fantômes peuple l'espace, Et le voyageur sérieux Rêve et passe.

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