LA BRUYÈRE
Un jour de la saison dernière, Elle vint ici, m'apportant
Une bruyère Que nous fêtâmes en chantant.
Un jour de la saison dernière
Je l'arrosais soir et matin, j
Croyant que la plante donnée, I
A son destin, \
Tenait notre vie enchaînée ; !
Je l'arrosais soir et matin. /
' Travail perdu, peine inutile.
Elle étouffe en ces murs étroits;
L'air de la ville Est mortel à la tleur des bois.
Travail perdu, peine inutile.
La pauvre plante va mourir !
Elle se penche... Que m'importe?
Je sais souffrir; Je la garderai vive ou morte.
La pauvre plante va mourir.
J'arracherai ses fleurs pâlies, Et je les tiendrai pour toujours
Ensevelies Dans le livre de nos amours.
J'arracherai ses fleurs pâlies.
Elles dormiront leur sommeil, Sans demander l'eau des rosées,
Ni le soleil, Ni l'air des collines boisées. Elles dormiront leur sommeil.
Le souvenir seul est durable; L'espérance bâtit dans l'air
Ou sur le sable, Le temps présent est un éclair, Le souvenir seul est durable.