LA FEMME ET L'ARBRE
La femme se modèle en marbre Dans l'esprit du sculpteur;
Elle est un arbre Pour le sylviculteur.
La première, la souveraine, La femme forte, c'est le Chêne,
L'orgueil de la forêt.
Le Hêtre est la grave matrone Qui mériterait la couronne
Si le chêne mourait.
L'Ormeau, c'est la femme ru.sliaue, L'ouvrière, la domestique
Aux bras durs et nerveux.
Le Bouleau, c'est une grisolle; Elle fait sur sa chemisette
Tomber ses noirs cheveux.
La vierge à la taille assoupilu, C'est le Peuplier d'Italie Qui regarde le ciel.
L'Acacia, c'est une prude, Le bois est sec, l'écorce est rude, La fleur est sucre et miel.
Le Plataue, c'est la coquette Qui sent ses rides et regrette
De voir venir le soir.
Le Charme est la femme du monde Qui se teint, se peigne, s'émonde.
Nette comme un miroir.
Le Saule est la rêveuse blonde Qui va suivant le cours de l'onde
Au pays des romans.
L'Aulne est une veuve qui pleure, Lorsque tombe la douzième heure.
Au bord des lacs dormant;.'..
Mais toi qui ne voudrais pas être Platane ou Bouleau, Chêne ou Hêtre,
Ormeau ni Saule creux, Toi mon essence, toi ma reine, Si tu veux, tu seras le Frêne,
L'arbre des amoureux.
La femme se modèle en marbre Dans l'esprit du sculpteur.
Elle est un arbre Pour le sylviculteur.
276 CnANSONS A DIRE