TU N'ES PAS LA
Quand l'oiseau chante Ses airs joyeux.
Et quil enchante, L ame et les yeux ;
Lorsque la rose Offre à chacun, A peine éclose.
Son doux parl'um ;
Du pauvre même Séchant les pleurs.
Quand tout dit : J'aime , Oiseaux et fleurs ;
Loin de sourire A tout cela.
Moi, je soupire :
— Tu n'es pas là !
LE PIIRENOLOGISTE.
Air du Carnaval. — 9.
— Je voudrais être imprimeur ou poëte ; Répondez-moi, que puis-je devenir?
Je vous en prie, examinez ma tète :
Un mot de vous, jai foi dans l'avenir.
— Quand l'imprimeur porte à sa boutonnière La croix d'honneur qu'on doit à l'écrivain. Deviens l'enfant d'un siècle de lumière
Où les beaux vers ne donnent pas du pain, (bis.)
— Moi, je suis veuve, et mère infortunée : Ma fille Esther a la plus belle voix ;
La poésie en son âme est innée ; Elle est auteur et chanteuse à la fois.
Vers le théâtre entraîne donc ta fille : A ses accents le monde ému soudain D'or et d'honneurs va combler ta famille : Mais les beaux vers ne donnent pas du pain.
— Oh ! dites-moi , sorcier , que vous en semble ? Mon fils , d'Homère a, je crois, le menton ;
A Cicéron par le nez il ressemble :
Que sera-t-il , Homère ou Cicéron ?
— Père, tu tiens le lans^a^'e d'un cuistre : Sur un tel choix tu serais incertain !
Un grand parleur peut devenir ministre, Et les beaux vers ne donnent pas du pain.
— Moi , je suis pauvre et veux pourtant écrire ; Mais vos avis viennent m embarrasser ,
Car selon vous, ù vieillard que j'admire, Les malheureux ne devraient pas penser.
— Fabrique alors quelque sot vaudeville, Quelque roman qu'on oublira demain.
Et fais de l'art une ressource vile,
Car les beaux vers ne donnent pas du pain.
Air d'Aristijype. — c.
Bien au-dessus de la strophe ïambique
Le franc couplet sera placé sous peu,
Si nous croyons à ce proverbe antique :
" La voix du peuple , oh ! c'est la voix de Dieu ! •• [bis.)
Aux royautés qui trônent sur la terre.
Pour adresser une grave leçon,
La voix du peuple aux grands discours préfère
Lliumble refrain d'une simple chanson, {bis.)
Plus l'orateur veut une ample victoire ,
Plus on l'écoute avec sévérité ;
Le ridicule est si près de la gloire
Sur la tribune où l'orgueil l'a porté.
Moi, j'ai toujours, sans sortir de ma sphère,
Quand un ami se fait mon échanson,
L'esprit joyeux qu'on puise au fond d'un verre ,
L'humble savoir que donne une chanson.
La république aux grands jours d'espérance Vit se lever le monde épouvanté.
Les rois disaient : " Monde , brise la France Qui te menace au cri de liberté!... •• Mais écoutez ! — la Marseillaise gronde : Les rois bientôt devront changer de ton. Il ne fallait pour arrêter le monde Que le refrain d'une noble chanson !
Quand il s efforce, en son orgueil extrême, De s élever, en élevant la voix, Le sage est fou, car le pouvoir suprême Fait taire un jour les manants et les rois. Grand ou petit il faut que Tliomme tombe, Que dans sa route il ait tort ou raison, Sa voix s'éteint à deux pas de la tombe , Le même mot finit chaque chanson.