‹ ChansonsChapitre 15 sur 216 · PAUVRE ET RICHE · texte numérisé non relu

PAUVRE ET RICHE

Air : Muse des bois et des accords champêtres. — ii.

Moi qui suis pauvre, et toi, ma bien-aimée ,

Fille du peuple et pauvre comme moi ,

N'envions pas la route renommée

Où l'enfant perd la pudeur et la foi.

Le luxe vain que l'opulent affiche

Blase son cœur sous l'or et le velours ;

Sous ton regard mon cœur est jeune et riche :

Ange aux doux yeux, rends-moi riche toujours ! (bis.)

Le monde hait ceux qui touchent au faîte

Où n'atteint pas son vulgaire cerveau :

II est des jours où la plus haute tète

Tombe plus bas que le commun niveau.

— Fleur, cache-toi; car la rose superbe

S'effeuille vite au vent des mauvais jours.

Les humbles fleurs s'aiment longtemps sous l'herbe :

Ange aux doux yeux, soyons humbles toujours!

Ah ! loin de moi tous ces bavards sans âme Qui blâment tout d'un ton si rigoureux. Pour obtenir, par un silence infâme, Leur part de l'or qu'on gaspille sans eux ! Car moi, vois-tu, je veux rester le même. Et si je hais de fastueux discours.

J'aime à parler pour te dire : Je t'aime : Ange aux doux yeux, écoute-moi toujours!

Jfi crois en toi comme à la Providence ; De ces mots-là je ne fais pas un jeu : — On na jamais tant parlé de croyance Que dans ce siècle oii chacun croit si peu. — Je crois en toi : par ta bouche de femme Mon cœur comprit les célestes amours ; Puisque ta voix vint éclairer mon âme , Ange aux doux yeux , o parle-moi toujours !

Si Dieu permet (^ue le sort, nous rassemble Pour que ma main ne quitte plus ta main , Et que plus tard nous soutenions ensemble Nos pas tremblants dans le même chemin , Le soir aura des reflets de l'aurore : En reparlant de nos premiers beaux jours, Oh! n est-ce pas, tu souriras encore?... An^re aux doux yeux, rends-moi riche toujours!

A l.KON PAUL ET,

KN RKP0N6E A SKS VFRS.

Air de la Colonne, — m.

Mon bon ami , tu me parles de gloire , La gloire est loin de mon humble séjour ; Nul de mes vers ne garde la mémoire ; Ce sont des fleurs qui ne vivent qu'un jour, [bia.' Tes chants si doux que tu feras connaître, Auront le sort des lauriers toujours verts. Ne m'adresse plus tes beaux vers.

Mon nom pourrait te compromettre, (his.)

Des sots jaloux , que je voudrais combattre , Jettent l'insulte à mon talent naissant ; Faible, je lutte et ne puis les abattre : Un sot qui tombe en fait renaître cent. Hydre, à tes lois je vais donc me soumettre : Les sots partout régnent dans l'univers. Ne m'adresse plus, etc.

Je suis peu riche et , dans ce siècle intime , Qui cependant est fier de son essor.

L'honneur n'est plus ce que le monde estime ; Non, le seul Dieu de ce monde, c'est l'or. Pauvres, passez! Nul ne veut vous admettre. Aux vils Crésus tous les bras sont ouverts. Ne m'adresse plus, etc.

Ah ! n'attends pas, ami, qu'on te décrie ; Ilappelle-toi tout ce que j'ai chanté : Si bien souvent j'ai chanté la patrie , J'ai bien souvent chanté l'humanité :

En rêve , hélas ! j'ose aussi me permettre De réunir tous les peuples divers.

Ne m'adresse plus, etc.

J'ai ri tout haut de la science humaine. Caméléon, à la robe de feu, Qui toujours change et qui parfois amène L'homme à douter de la grandeur de Dieu. La loi du Christ , que je crois à la lettre , Est mon seul guide en ce monde pervers. Ne m'adresse plus, etc.

Si quelque jour une œuvre impérissable Allait partout répandre ton renom.

Pour t'en punir quelque nain misérable Auprès du tien pourrait montrer mon nom. Et l'on dirait : — •• Est-ce bien là le maître ? - A sa médaille il est donc un revers. - Ne m'adresse plus tes beaux vers.

Mon nom pourrait te compromettre.

10 juin 1S45.

TllOP BIEN rOIlTANT.

Air .' Eli! {/ai, gai, gai, mon officier. — 13.

Eh ! gai , gai , gai , gai , sur ma foi , Devant tout je m'arrête ;

Eh ! gai , gai , j'en perdrai la tète ! Tout tourne autour de moi.

Je n'ai plus de mémoire, Le croirait-on jamais ?

Non, je ne veux plus boire...

Aussi peu désormais.

Eh ! gai , gai , gai , gai , etc.

Je bénis ma folie.

Car, selon nos élus.

Un homme a du génie...

Dès qu'il ne pense plus !

Eh ! gai , gai , gai , gai , etc.

L'excès nuit, je l'atteste, Sans comprendre pourtant Qu'il soit aussi funeste D'être trop bien portant.

Eh! gai, gai, gai, gai, etc.

Auteur, cher à l'ivrogne, Par quelque gai rondeau.

En chantant le bourgogne, Vous buviez donc de l'eau !

Eh ! gai , gai , gai , gai , etc.

Ivre, chacun renomme Sa valeur ; mais , sandis !

Si je battais un homme.

J'en croirais battre dix î Kh î gai, gai, gai, gai, etc.

Qu'il vienne l'ami tendre Chez qui j'ai bien dîné , Je suis prêt à lui rendre Plus qu'il ne m'a donné.

Eh ! gai , gai , gai , gai , sur ma toi , Devant tout je m'arrête ;

Eh î gai , gai , j'en perdrai la tète ! Tout tourne autour de moi.

j;k.\fant 1)K la xÉnuEssK.

Air iVAristipYic. — c.

Ton fils est mon , ô jeuue esclave iioiiv !

Petit enfant, tu devais l'adorer :

Donne plus bas des pleurs à sa mémoire ,

On fa ravi le droit de le pleurer. {his.\

Ici ta race est maudite sans cesse.

Elle gémit sous un joug odieux :

L'homme eût tué ton fils , pauvre négresse ;

Dieu pour jamais lui sourit dans les cieux. [bit

Ton maître approche... Il t'aperçoit peut-être : Travaille, esclave, et cèle tes douleurs. S'il te voyait, (ah! crains le fouet du maître j Ton sang bientôt me cacherait tes pleurs. Combien de fois sa main lâche et traîtresse A flagellé ton corps si gracieux î . . . L'homme eût tué ton fils, etc.

Qu'il a l'air tendre et que sa voix est douce.

Que son regard révèle de bonté î

Est-ce bien là l'être qui te repousse

En paria de la société ?

Au prix du sang, l'or qui remplit sa caisse

Etouffe en lui tout sentiment pieux.

L'homme eût tué ton fils, etc.

La femme blanche est là-bas (pii folànv Avec son fils rose et plein de vigueur ;

Son jeune cœur, de ce fils idolâtre, Ne croirait pas aux tourments de ton cœur. Vois , son enfant Tembrasse et la caresse ! En sanglotant tu détournes les yeux...

L'homme eût tué ton fils, etc.

Dieu prend pitié de ta douleur cruelle : Ton corps fléchit... En ce suprême instant La mort sur toi vient étendre son aile Et va te joindre à lange qui t'attend. Ton beau visage où brille ton ivresse.

Offre à la mort un front tout radieux : L'homme eût tué ton fils , pauvre négresse ; Va lui sourire à jamais dans les cieux.

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