JEUNE STATUAIRE
qui m'a fait liOînm;igc d'un ])Usto de mon père, d'une ressemblance frappante.
Sois heureux de mes pleurs, car je retrouve un frère En toi qui viens m offrir le buste de mon père,
Dans la tombe endormi.
Ah! tu l'aimais donc bien!... Ce portrait... Est-ce un rêve? — Ce n'est point là le fruit des efforts d'un élève ,
C est l'œuvre du cœur d'un ami !
C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe! En un jour l'amitié de toi fît un artiste :
C'est que tu le vis tant de fois Alors qu'il me parlait du temps de la vendange. Et que du sol natal il faisait la louange.
— Il me semble entendre sa voix.
•' Antoine, tu verras ma Lorraine chérie!
(Tu sais, — comme il m'aimait il aimait sa patrie.)
" Tu verras tous mes vieux amis :
•' Et, tandis que mes yeux se rempliront de larmes, '• Ton cœur d'un air plus pur pourra goûter les charmes ^■. Sous l'azur si doux du pays !
" Tu verras mon pays, tu verras mon village " Avec son gai clocher dont le coq sans plumage '' Tourne sans cesse au gré du vent ;
•' Tu verras riiuniLle toit témoin de mon enfance : '• Je soupire , ô mon fils , chaque fois que jy pense ; - Et je soupire l)ien souvent !
•• Tu verras la forêt dont l'ombre tutélaire •• Setend sur les détours du sentier solitaire
•' Qui mène aux vallons les plus beaux ; •• Tu verras, au soleil dune douce nature, •- Des vignobles nombreux, attachant pour parure
" Leur pourpre aux flancs de nos coteaux.
" Tu verras les moineaux et les grives avides ^ Se jeter ardemment sur ces grappes perfides -^ Pour y puiser le jus divin ;
- Puis bientôt, aux vapeurs de la liqueur si chère,
- Chanceler et tomber sans force sur la terre
'• Ainsi qu'un homme pris de vin.
•• Tu verras le matin le chasseur téméraire •• Bannir le saniïlier de sa sombre tanière
'•■ Pour le poursuivre tout le jour ; •• Et le soir tu verras les loups sur les montagnes • Bondir en adressant à leurs fauves compagnes
V D'iiorribles hurlements d'amour.
" Tu verras le ravin oti, dans des jours d'alarmes, " Nos paysans cachés en déchargeant leurs armes
V Aux Prussiens disaient : Nous voilîl !
•' Les Lorrains se cachaient, mais c'était pour combattre. '• A l'aspect de ces lieux comme nos cœurs vont battre : • Enfant, ton grand-père était là!
" Les Lorrains s'armaient tous, dans leur civisme antique, »» Contre la royauté heurtant la république ;
'• Et, dans nos vallons, sans dangers.
M Les loups auraient poussé leurs attaques fatales : " Nos paysans n'avaient de la poudre et des balles •• Que pour chasser les étrangers.
M Et lendroit oii ma mère, exhalant sa souffrance, •' Pleura quand je partis pour défendre la France. " Mais, en partageant ses douleurs,
— Mon àme avait pour baume un orgueil légitime : •' Le drapeau de la France était grand et sublime,
'» C'étaient l'aigle H les trois couleurs !
•' Antoine , tu verras ma Lorraine chérie !
( Tu sais , — comme il m'aimait il aimait sa patrie. )
" Tu verras tous mes vieux amis !
^ Et, tandis que mes jeux se rempliront de larmes, •' Ton cœur d'un air plus pur pourra goûter les charmes
" Sous l'azur si doux du pays ! «
— Mais la mort lui ravit cette sainte espérance. Mon père ne devait plus saluer la France :
Il est près de Charle aujourd'hui î Ce souvenir me pèse et redouble ma peine. Car si je dois un jour aller voir la Lorraine ,
Hélas ! je partirai sans lui.
Mort!... Mais dans ce portrait dont tu me fais hommage. Ton talent à mes yeux a rendu son image ;
Ami, laisse-moi te bénir.
C'est mon père, c'est lui, je le vois, il existe !
— L'avenir appartient îl tous les cœurs d'artiste :
Va , tu peux croire en l'avenir !
COUPLETS A DERANGER,
aprcs la Icrturc de la kltrc où il daigne souscrire à mon petit recueil de cliansons.
Air d'Aristippe. — e.
Je tiens 1 écrit, ù chantre populaire.
Où tu traças des mots si doux pour moi.
De mes chansons tu veux un exemplaire :
Quoi ! mes refrains parviendront jusqu'à toi ! (7/m.)
Roi des penseurs et roi de l'harmonie,
A l'ouvrier tu prêtes ton secours :
Ton cœur est grand, grand comme ton génie.
Le pauvre peuple a toutes tes amours, {bh.)
Lorsqu'un couplet de ton âme s'élance.
Le monde entier l'entonne à l'unisson.
Ton beau talent, dans son essor immense. Sut jusqu'à l'ode élever la chanson !
Un vieux soldat, un gueux, un être infime. Suffit pourtant, noble ennemi des cours. Pour l'inspirer une page sublime :
Le pauvre peuple a toutes tes amours.
Un roi disait : " Ma main est assez forte : " Qu'une prison étoufle enfin ses vers ! •• Mais le Français écoutait à la porte ; Tu le chantais encore dans les fers.
Sans lui parler de ta propre souffrance Tu regrettais l'éclat de ses beaux jours : Tu ne songeais qu'aux malheurs de la France : Le pauvre peuple a toutes tes amours.
Quand tu nous peins ces jours où la victoire Suivait partout l'Empereur radieux , Quand ta chanson montre laiglc en sa irloire, •• Il semble encor dans le secret des dieux ! ^ Mais en chantant le héros de nos armes Ton cœur gémit et s'oppresse toujours : Ses lauriers d'or ont coûté tant de larmes î Le pauvre peuple a toutes tes amours.
Pour espérer aux accords de ta lyre,
Le pauvre peuple en vain attend encor ;
Dois-tu cacher les hymnes qu'il t'inspire ^
Sublime avare , étale ton trésor !
Ah ! que demain ta parole féconde
Vibre imposante à l'oreille des sourds ;
" Plus près des deux tu peux placer le monde ! -
Le pauvre peuple a toutes tes amours.
Octobre 1845.
MONSIEUR DOUSSART.
Air : Vlà c que c'est qiC d'aller au bois - 24.
« Un jour que je m étais glissé ('liez un seigneur très-haut placé.
Je fus reçu : quel jour de fête !
Je pris un air bête,
Un homme de tète Porte ombrage à l'homme puissant.
— On selève en s'abaissant.
" Il dit : — Doussart , quels sont vos droits ?
— J ai des droits à tous les emplois. Si ma science est incomplète ,
En marionnette Je fais la courbette :
Jugez de mon talent naissant !
— On selève en s'abaissant.
" Je devins son premier commis.
Et fus bientôt de ses amis.
J'immole, à cet homme sublime
Qui m'aime et m'estime.
Ma croyance intime ; Par lui seul mon cœur bat et sent.
— On s'élève en s'abaissant.
" Un mien commis, très-mal noté.
Chantait tout bas la liberté :
Je le prouvai de telle sorte ,
Qu'il chante à la porte.
Pour ce fait je porte De rhonneur le signe imposant.
— On s'élève en s'abaissant.
" En haut lieu je suis en faveur, Vingt grands m'ont fait leur receveur.
De leur or prodigue à lextrême,
Je suis un saint même ;
Le pauvre qui m'aime Me croit tendre et compatissant.
— On s élève en s'abaissant.
« En silence et sans embarras, Sous mon habit à collet gras.
Je marche droit à la richesse :
Mes dupes sans cesse
Versent dans ma caisse L'or qui m'enricliit en passant.
— On s'élève en s'abaissant.
" Garde longtemps tes bons emplois, Doussart, tu dicteras des lois.
L'or mène à tout sur cette terre,
Même au ministère.
Chut ! vas-tu te taire ?
— Prends ton air prude et caressant.
— On s'élève en s'abaissant. •»