LE SAVOYARD
Air : A la Grâce de Dieu. — 29.
Un Savoyard, enfant encore, Un léger bâton à la main.
Depuis le lever de l'aurore Au hasard suit le grand chemin.
Il fait beau , mais la faim le gagne ; Des pleurs voilent son doux regard :
Il est si loin de sa montagne !
Écoutons Tenfant savoyard :
- C'est la saison des fleurs, -
•r Dieu séchera mes pleurs !
- Quel beau jour le printemps ramène 1 •^ Un de ces jours où Dieu bénit ; •' Le soleil inonde la plaine , •' Et les oiseaux refont leur nid.
M Pendant le long hiver qui cesse , " J'endurai le froid et la faim ; " Ah ! quelle serait mon ivresse M Si j'avais un morceau de pain !
» C'est la saison des fleurs, etc.
" Quand je partis d(^ la Savoie,
M Ma mère , hélas ! tout mon bonheur ,
•' Me disait : — Suis la bonne voie ;
" Notre richesse, c'est l'honneur.
.> Mon fils, que n'ai-je en ma misère,
• Du pain pour mes enfants nombreux î " Tu ne quitterais pas ta mère :
" Ah ! que les riches sont heureux î " C'est la saison des fleurs, etc.
" Péniblement mon pied se lève.
" J'ai tant marché ; marchons encor :
" Pour que mon voyage s'achève, *' Il me faut poui'tant si peu d'or.
" Ma bourse est vide. Le pain même " Manque souvent aux mauvais jours ; " En vain cette mère qui m'aime " Doit-elle m'attendre toujours ?
" C'est la saison des fleurs, '• etc.
Mais, ô rencontre fortunée, Un grand, le voyant presque nu.
Le fît riche pour une année , D'un seul jour de son revenu; Il est au pays ; })his de peine :
- 0 mère , dit-il , tu m'attends !
•■ Sois heureuse, ma bourse est pleine, •• Mère, je reviens pour longtemps !
" C'est la saison des fleurs, '• Mère , sèche tes pleurs ! "