LE PAYSAN
A m iVAristippe. — c.
0 paysan à lalliire virile,
Nerveuse main, pas pesant, Inimble front,
Avec transport au milieu de la ville
Les ouvriers, frère, te chanteront. {Im.)
Ta joue est rouge et notre joue est blême ;
Toi , c'est la force , et nous sommes lelan ;
Dieu nous unit, car notre âme est la même.
— Bons ouvriers, chantons le paysan, {bis.)
L'homme esprit fort, hautaine créature, Dans son orgueil se consume en ce lieu ; Mais rhomme simple, enfant de la nature, Pénètre loin dans les œuvres de Dieu.
La foi suprême à son âme ingénue Par le ruisseau révèle l'océan :
Il a le don de la seconde vue.
— Bons ouvriers, chantons le paysan.
La cloche sonne au hameau : c'est dimanche.
Un beau vieillard semble ouvrir le chemin
A deux époux , à la figure franche ,
Tenant chacun deux enfants par la main.
La cloche sonne , et la famille entière
Vient en commun , aux pieds du Tout-Puissant ,
S'agenouiller dans sa sainte prière.
— Bons ouvriers, chantons le paysan.
Un paysan , dont le pauvre ménage
Comptait déjà cinq filles, un garçon,
Un soir d'hiver trouve sur son passage
Un nouveau-né tout près de sa maison.
Prenant Fenfant qui gémit sur la terre
Et dont un crime est le sombre artisan :
" Femme, dit-il, tiens... il n'a pas de mère! -
— Bons ouvriers, chantons le paysan.
Roi de rÉden , sa première patrie , Autour d'Adam rien ne devait périr.
Au souffle impur sa grande âme est flétrie : Comme elle , hélas ! tout semble se flétrir. La terre en vain veut rester inféconde. Tant de sueurs tombent du front d'Adam ! Sublime enirrais , tu nourriras le monde :
— Bons ouvriers, chantons le paysan.
Quand sa charrue et ses bœufs dans les herbes Fouillent le champ qu'il a le droit, d'aimer , Que sont pour lui les rêves des superbes Si Dieu féconde où ses mains vont semer ? Mais, en héros, quand la guerre, en furie, Fond sur le sol ainsi que l'ouragan , Il dit soudain : « Le sol , c'est ma patrie ! •■>
— Bons ouvriers, chantons le paysan.
Quand d'un pays l'arbre immense s'incline Las de porter ses rameaux amaigris.
C'est le plus humble , ainsi que la racine , Qui rend la sève à l'arbre du pays.
Loin des cités où l'àme est asservie.
Le peuple fort, libre, simple et puissant. De son cœur pur sent déborder la vie.
— Bons ouvriers, chantons le paysan