LE TRAVAIL, C'EST LA SANTÉ
AïK des Comédiens. — 32.
" Dieu ma donné ce petit coin de terre , Par mon trayail j'y vis en liberté.
Fouille-le bien , ainsi que fait ton père : J'y trouve, enfant, un trésor : la santé.
M Sur cette côte, à l'écart du village. L'air le plus pur coule en toute saison ; J'ai soixante ans et suis fort pour mon âge : Longtemps encor je dirai ma chanson.
" Pour travailler l'ouvrier qui -s'éveille Des passions n'a rien à redouter.
En vain Satan veut charmer son oreille Il n'a jamais le temps de l'écouter.
" L'homme ici-bas marche en semant sans cesse Et ce qu'il sème il doit le recueillir, J'ai soutenu mon père en sa vieillesse : Ton père , enfant , n'a pas peur de vieillir.
« Tes dix-huit ans pensent au mariage.
Si la raison peut conduire au bonheur.
Fais comme moi : l'amour est le plus sage
V Que mon labeur soit pour toi plein de charmes ; Et puisses-tu, dans le coin où je vis. Heureux, les yeux remplis de douces larmes. Vieux comme moi dire un jour à ton fils :
V Dieu ma donné ce petit coin de terre , Par mon travail j'y vis en liberté.
Fouille-le bien, ainsi que fait ton père : J'y trouve, eniant, un trésor : la santé. ••
LE I5RAC0NNIER
AïK de Lantara. — 57.
" Quoi! tu cours encore à la chasse !...
" Ecoute un père en cheveux blancs :
" Le travail te pèse et te lasse ;
" Tu braconnes depuis deux ans. (bis.) Sans ton labeur notre terre est aride ; Je suis trop vieux , hélas ! pour travailler ; L'hiver approche et notre bourse est vide ; '• Brise larme du braconnier !
V Abattre le lièvre qui passe
" Lorsque sur son champ on le voit ; •' Tirer la perdrix dans l'espace,
V Ma raison me dit : C'est un droit.
Mais le devoir me parle davantage :
Pour un plaisir fatal à l'ouvrier Dois-tu risquer le pain de ton ménage ?
" Brise l'arme du braconnier ! '»
" On me l'a dit, mon fils, prends garde : " Jacques, qui t'entraîne avec lui, •' Hier de mort menaça le garde :
" Ne va pas chasser aujourd'hui.
Mon nom (hi moins est un nom qu'on estime Il deviendrait celui d'un meurtrier !
Ta passion peut te pousser au crime.... » Brise l'arme du braconnier ! "
I [bis.
•• — Du riche, père, je me fiche :
" Et contre moi tu le défends ! ^
— - Non, je ne défends pas le riche : ^' Je songe à tes petits enfants.
" A Madelon, femme qui pleure et taime, •' Et de tes fils allaite le dernier ; '' Je te défends enfin contre toi-même : " Brise l'arme du braconnier ! ^
" Mon champ, mon logis sont à vendre : '• Le travail nous les a donnés !
» Un autre viendra nous les prendre :
•» Tous les deux nous v sommes nés !
•' La pauvreté pourra peu me poursuivre : - Vieux, j'entrevois un ciel hospitalier... •' Mais tes enfants ont tant de jours à vivre ! '» Brise l'arme du braconnier ! *»
— ♦* Quoi ! mes enfants dans la misère ! •» Insensé ! je partais joyeux...
" Père, je garde ta chaumière :
" Le bonheur fermera tes yeux.
•' Prends mon fusil... C'est le fusil d'un maître •' Que de perdrix il mit dans mon carnier ! •' Père, demain je chasserais peut-être... '» Brise l'arme du braconnier ! ^
Juin 1S51.