‹ ChansonsChapitre 92 sur 216 · UN JOUR DE FOIRE · texte numérisé non relu

UN JOUR DE FOIRE

Air : Ce que je vis. — ôs.

Au son de la musique ,

Pauvre enfant inconnu,

Sur la place publique

Tu danses presque nu.

C'est l'hiver : sur tes planches

Le froid rougit et fend

Tes mains que Dieu fit blanches ,

Pauvre petit enfant !

Tout son corps se dessine Sous un mince coton ; Clinquant et mousseline Lui forment un jupon.

Quelle bise à cette heure!..

En vain je m'en défend :

il danse , et moi je pleure î Pauvre petit enfant î

Paillasse sur la caisse Appelle les badauds , Et la foule s'empresse Autour de ses tréteaux.

C'est d'un heureux augure :

Paillasse est triomphant !

Il presse la mesure :

Danse , mon pauvre enfant !

Mais Paillasse s'arrête Essoufflé , Dieu merci !

En inclinant la tète.

L'enfant s'arrête aussi.

Dieu ! son corps qui transpire Se glace au froid du vent...

Il doit pourtant sourire :

Pauvre petit enfant !

L'annonce est commencée :

L'enfant ne s'en va pas , Nulle mère empressée Ne le prend dans ses bras.

A ses petits l'hyène Offre un sein réchauffant :

Quelle mère est la tienne , Pauvre petit enfant?

Un homme en blouse passe Et dit, tout près de moi, A son fils qu'il embrasse :

.* Je travaille pour toi.

•• Tu grandiras, j'espère ; '• Ah ! quand tu seras grand , " Travaille pour ton père, V Heureux petit enfant ! •'

Décembre 1S50.

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