UN JOUR DE FOIRE
Air : Ce que je vis. — ôs.
Au son de la musique ,
Pauvre enfant inconnu,
Sur la place publique
Tu danses presque nu.
C'est l'hiver : sur tes planches
Le froid rougit et fend
Tes mains que Dieu fit blanches ,
Pauvre petit enfant !
Tout son corps se dessine Sous un mince coton ; Clinquant et mousseline Lui forment un jupon.
Quelle bise à cette heure!..
En vain je m'en défend :
il danse , et moi je pleure î Pauvre petit enfant î
Paillasse sur la caisse Appelle les badauds , Et la foule s'empresse Autour de ses tréteaux.
C'est d'un heureux augure :
Paillasse est triomphant !
Il presse la mesure :
Danse , mon pauvre enfant !
Mais Paillasse s'arrête Essoufflé , Dieu merci !
En inclinant la tète.
L'enfant s'arrête aussi.
Dieu ! son corps qui transpire Se glace au froid du vent...
Il doit pourtant sourire :
Pauvre petit enfant !
L'annonce est commencée :
L'enfant ne s'en va pas , Nulle mère empressée Ne le prend dans ses bras.
A ses petits l'hyène Offre un sein réchauffant :
Quelle mère est la tienne , Pauvre petit enfant?
Un homme en blouse passe Et dit, tout près de moi, A son fils qu'il embrasse :
.* Je travaille pour toi.
•• Tu grandiras, j'espère ; '• Ah ! quand tu seras grand , " Travaille pour ton père, V Heureux petit enfant ! •'
Décembre 1S50.