L'ETUDIANT
Air de la Treille de sincérité. — 04.
•• De la plus humble des chambrettes
- Pour faire un ravissant séjour, " Deux étudiants , deux grisettes ,
V Nous voilà quatre ; en ce beau jour
- Le vin coule et vive l'amour !
V Regarde-moi : le meilleur livre, '• Suzette , vaut-il ta beauté ?
" C'est près de toi que je veux suivre » Les cours de l'université.
'» Aimer et boire ,
•' Voilà ma gloire !
- Demain la mort peut nous saisir :
" Vivent le vin et le plaisir ! [bis.)
Quand j'arrivai de mon village , Réservé, studieux, actif, Je comptais l'être davantage ; J'étais alors simple et naïf Ainsi que l'homme primitif.
Mais un jour vient où la chenille Au papillon domie l'élan :
Secouons comme une o'uenille L'enveloppe du paysan !
" Aimer et boire,
" Voilà ma cloire !
Demain la mort peut nous saisir Vivent le vin et le plaisir !
'' La terre tourne... en conscience
•* Elle nous fait ses confidents...
" La peste soit de la science ,
" Des discours froids et redondants ;
" Le diable emporte les pédants !
- L'œil en feu, la face rougie,
•• Le verre en main , l'ivresse au (*neur ,
'' Eclievelës comme l'orgie ,
« Tous quatre répétons en chœur :
" Aimer et boire ,
V Voilà ma gloire !
M Demain la mort peut nous saisir :
" Vivent le vin eî le plaisir ! "
La porte s'ouvre , le chant cesse , Un vieillard , vêtu d'un sarrau , Entre, et murmure avec tristesse :
" Pour te faire un destin plus beau, ■' Mon fils, j'ai vendu mon troupeau.
" Pour t'instruire, du nécessaire " Nous nous privons, ta mère et moi, •' Car tu fais l'orgueil de ta mère •' Et j'arrivais si fier de toi !
M Comme au village ,
M Joyeux et sage, " Mon fils, moi qui croyais te voir '» Aimant Thonneur et le devoir... ^
Mais un étrange éclat de rire
Du vieillard étoufie la voix :
A ses compagnons de délire
Le fils de notre villa ^reois
Dit : " Silence , ou tremblez tous trois î
•' Ce rire insolent m'exaspère
" Et me dégrise. Dieu merci !
" Vous oubliez que c'est mon père :
'' C'est mon père !... sortez d'ici !
•• Parle , mon père ,
- Ta voix m'éclaire !
'• Me voilà seul, seul avec toi :
» Bientôt tu seras fier de moi. "
Et maintenant de sa famille
L étudiant est le soutien ;
Comme avocat, il plaide et brille;
Ses vieux parents se portent bien ;
Un enfant sourit : c'est le sien.
Son cœur a fait choix d'une femme
De tendresse riche surtout.
A l'or qu'offre une cause infcime ,
II répond : '^ L'honneur avant tout ! "
Dans son ménage.
Joyeux et sage , Il s écrie , aux jours de loisir :
•• Vivent le vin et le plaisir ! "