‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 15 sur 227 · XX11 INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX11 INTRODUCTION

la révolution : les trois journées du 27, du 28 et du 29, les ' trois glorieuses,' assurèrent la défaite et la ruine des Bourbons.

Pendant les quinze années qui venaient de s'écouler, Béranger était devenu en dépit de lui-même un des hommes les plus influents en France. Il s'était bien appliqué à rester tapi dans * son petit coin,' mais de bonne heure les chefs ostensibles de l'opposition libérale étaient venus l'y trouver et le prier d'en sortir. Béranger s'était constamment dérobé, mais sa personnalité sympathique et sa droiture de caractère impressionnaient vivement quiconque entrait en rapports avec lui, et de ces visites intéressées il avait résulté des amitiés solides, auxquelles se joignait le respect qu'inspiraient la profondeur et la justesse de ses vues politiques. Pendant cette crise de 1830, tout en restant à l'arrière-plan, il joua un rôle dont tous les historiens s'accordent à reconnaître l'importance.

L'opposition avait établi son quartier général à l'hôtel de Lanitte, qui, raconte Louis Blanc *, ' s'appuyait alors sur les conseils d'un homme bien supérieur à M. de Talleyrand pour la portée des vues et la finesse de l'esprit. Béranger avait un coup d'œil trop perçant, une sagacité trop inexorable, pour être accessible à l'enthousiasme.' Il vit tout de suite que la puissance était dans la bourgeoisie, et que celle-ci n'était pas prête, comme le peuple, à accepter la république. Béranger devint donc ' l'âme du parti orléaniste. Il fit peu par lui-même, . . . mais beaucoup par les autres. Il ne se mit guère en évidence, mais par ses con- 1 Histoire de dix ans, vol. i,

VIE DE BÉRANGER Xxiii

seils, religieusement écoutés, il agit fortement sur les meneurs de la bourgeoisie. . . . Béranger voulut un roi, tout en se défiant de la royauté, parce qu'il vit clairement et promptement qu'il était plus facile de faire une monarchie que d'établir une république. ... Le duc d'Orléans eut donc pour lui, dès le lendemain de la victoire du peuple, la puissance des noms et celle des idées : Jacques Laffitte et Béranger.'

Alexandre Dumas raconte qu'à quelque temps de là il rencontra Béranger. ' Ah ! pour Dieu, lui dit-il, vous venez de faire un beau coup, monsieur mon père ! — Qu'ai-je donc fait, monsieur mon fils? — Ce que vous avez fait, malheureux ! vous avez fait un roi ! ' Sa figure, ajoute Dumas, prit cette expression doucement sérieuse qui lui était habituelle : ' Ecoute bien ce que je vais te dire, mon enfant; je n'ai pas précisément fait un roi, non ; ... j'ai fait ce que font les petits Savoyards, quand il y a de l'orage ; j'ai mis une planche sur le ruisseau V

La Monarchie de Juillet ne fut donc pas pour Béranger un but, mais plutôt un temps d'arrêt dans la marche en avant vers la République. Pendant la chasse aux portefeuilles et aux places qui suivit, il n'eût tenu qu'à lui d'entrer au pouvoir et de faire fortune, mais il opposa un refus inflexible à toutes les offres qui lui furent faites, et ne voulut pas même accepter la pension de 600 francs à laquelle lui donnait droit son titre de condamné politique de la Restauration. Il n'employa son immense crédit que pour être, comme sa correspondance l'atteste, le ' solliciteur 1 Le Monte Cristo, numéro du 30 juillet 1857.

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