XXIV INTRODUCTION
universel ' en faveur de toutes les infortunes et de tous ceux qu'avait atteint l'injustice.
§ 15. — L'ordre et le calme une fois rétablis, Béranger rentra dans l'obscurité de la vie privée, soucieux seulement de se dérober aux curiosités et aux indiscrétions qui entravaient jusqu'à ses promenades quotidiennes, et il termina sa carrière de chansonnier par un recueil de Chansons nouvelles et dernières, publié en 1833, qu'il dédia à Lucien Bonaparte, hommage tardif que la censure n'aurait pas permis sous la Restauration. On trouve dans ce recueil quelques échos de sa campagne contre les Bourbons : Les dix mille francs ; Le Vieux Caporal — et des plaidoyers en faveur des opprimés, des Polonais par exemple : Hâtons-nous ! ; Poniatozvski ;■ — mais la plupart des chansons sont conçues dans un esprit nouveau : ou bien elles chantent la gloire de Napoléon, ou ce sont des chansons ' socialistes,' qui nous dépeignent les misères du peuple à cette époque, et résument les théories de ceux qui promettent de les guérir. Dans le recueil de 1828 avaient paru des pièces telles que Les Deux Grenadiers, Les Bohémiens, et ce petit chef-d'œuvre : Les Souvenirs du peuple, qui annonçaient déjà les courants nouveaux qu'allait suivre la pensée de Béranger. Dans l'édition nouvelle les chansons les plus intéressantes sont Le Juif errant, Jeanne la Rousse, Jacques, Les Fous, échos si tristes et parfois si poignants des questions sociales du jour. On trouve du reste dans tout ce recueil un accent d'amertume tout nouveau chez le chantre du Roi d'Yvetot, de Lisette et du Grenier, et qui tient à plusieurs causes.