VIE DE BÉRANGER XXÎX
d'ailleurs aucune chance qu'il pût intervenir d'une manière efficace ; mais il n'est point besoin, pour justifier sa conduite, de lui attribuer tous ces calculs, car il fut en cette occasion conséquent avec lui-même : toute sa vie il avait refusé de ' rien être,' il s'était dérobé aux honneurs et à la publicité. Ne refusa-t-il pas constamment de poser sa candidature à l'Académie, où pendant vingt ans il n'y eut guère d'élection sans qu'on le priât de consentir à y entrer ?
§ 19. Le Second Empire. — Le 2 Décembre fut, a-t-on dit, le châtiment de Béranger, et le signal du déclin de sa popularité. Il n'y avait pris aucune part, et n'avait eu que peu de rapports avec le prince Louis-Napoléon, mais il avait créé la légende du ' Petit Caporal,' il avait chanté la gloire de ses victoires, et les Souvenirs du peuple avaient retenti dans toutes les communes de France : l'Empire, tombé aux mains d'un aventurier, fut la conséquence logique de la campagne qu'il avait menée contre les Bourbons. Béranger se vit réclamé, accaparé comme un ' rallié,' comme partisan du gouvernement, et ne put s'en dédire. Il se tint plus sévèrement que jamais à l'écart, et refusa selon son habitude les offres de décorations et de pensions qui lui furent faites ; mais ces coquetteries du pouvoir à son égard lui faisaient du tort. Sa réputation littéraire commençait aussi à baisser. Il faut bien se rendre compte que jusque vers 1840 Béranger avait été accepté comme un des plus grands poètes de la France : Y Edinburgh Review, dans une critique élogieuse de 1833, ne reconnaît en France que deux grands poètes, Lamartine et Béranger, et la Quarterly Review de