‹ Chansons choisies de BérangerChapitre 3 sur 227 · VIE DE BERANGER V · texte numérisé non relu

VIE DE BERANGER V

pour éviter les heures d'école dans l'Impasse de la Bouteille. Sa mère, douce et jolie, insouciante et amie du plaisir, avait quitté sa famille pour vivre à sa guise ; il allait de temps à autre passer auprès d'elle huit ou quinze jours, courait avec elle les bals et les théâtres du boulevard, ' écoutait beaucoup, parlait peu, et apprenait bien des choses.' Son père, après avoir végété en Picardie, puis en Anjou, se hasarda à rentrer à Paris au commencement de 1789, et mit son fils en pension au faubourg Saint-Antoine ; nous avons dit que l'enfant y vit prendre la Bastille, et il affirme que ce fut le seul enseignement qu'il y reçut. Quelques mois plus tard son père se lassait de paver sa pension, sa mère refusait de se charger de lui ; son grandpère, frappé de paralysie, n'en était plus capable : on expédia par la diligence le pauvret à une tante paternelle, veuve sans enfants, qui tenait dans les faubourgs de Péronne la petite auberge de YÊpée Royale.

§ 2. Péronne. — Il arriva chez sa tante à l'improviste, et, après un premier mouvement d'indécision, la brave femme promit de le prendre à sa charge. C'est chez elle qu'il allait passer les années orageuses de la Révolution, entendant gronder au loin le canon sur la frontière, et compléter, tant bien que mal, une éducation des plus sommaires. Cette aubergiste de Péronne, Mme Turbaux, était ce qu'on appelle une 1 maîtresse femme,' intelligente et enthousiaste comme son frère, avec plus de droiture, de bon sens, et de fermeté de caractère, ardente républicaine autant que bonne catholique, grande admiratrice de lélémaque, et

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