A MONSIEUR DE CHATEAUBRIAND
Son éloquence à ces rois fit l'aumône:
Prodigue fée, en ses enchantements, Plus elle voit de rouille à leur vieux trône, Plus elle y sème et fleurs Gt diamants.
Mais de nos droits il gardait la mémoire. Les insensés dirent: Le ciel est beau.
Chassons cet homme, et soufflons sur sa gloire. Comme au grand jour on éteint un flambeau.
El tu voudrais l'attacher à leur chute! Connais donc mieux leur folle vanité.
Au rang des maux qu'au ciel même il impute, Leur cœur ingrat met ta fldélité.
Va; sers le peuple en butte à leurs bravade», Ce peuple humain, des grands talents épris. Qui t'emportait, vainqueur aux barricades, Comme un trophée, entre ses bras meurtris.
Ne sers que lui. Pour lui ma voix te somme D'un prompt retour après un triste adieu. Sa cause et sainte: il soufl"re, et tout grand homme Auprès du peuple est l'envoyé de Dieu.
Chateaubriand, pourquoi fuir ta patrie, Fuir son amour, notre encens et nos soins? N'entends-tu pas la France qui s'écrie:
Mon beau ciel pleure une étoile de moins?
260 BODYENIRS d'bNPANCB.
Souvenirs d^Enfaiice.
a mes parents kt amis db péron>'e, villb ou j'ai passé une partie de ma jeunesse, de 1790 A 1796.
Air de la Ronde des Comédiens.
Lieux où jadis m'a bercé l'EspéraDce, Je vous revois à plus de cinquante ans. On rajeunit aux souvenirs d'enfance, Comme on renaît au souffle du printemps.
Salut! à vous, amis de mon jeune âge.
Salut! parents que mon amour bénit.
Grâce à vos soins, ici, pendant l'orage, Pauvre oiselet, j'ai pu trouver uo nid.
Je veux revoir jusqu'à l'étroite geôle, Où, près de nièce aux frais et doux appas, Régnait sur nous le vieux maître d'école, Fier d'enseigner ce qu'il ne savait pas.
J'ai fait ici plus d'un apprentissage, A la paresse, hélas! toujours enclin.
Mais je me crus des droits au nom de sage, Lorsqu'on m'apprit le métier de Franklin.
C'était à l'âge où naît l'amitié franche, Sol que fleurit un matin plein d'espoir.
SOUVENIRS d'bnfancb. 261
Un arbre y croît dont souvent une branche Nous sert d'appui pour marcher jusqu'au soir.
Lieux où jadis m'a bercé l'Espérance, Je vous revois à plus de cinquante ans. On rajeunit aux souvenirs d'enfance, Comme on renaît au souffle du printemps.
C'est dans ces murs qu'en des jours de défaites.
De l'ennemi j'écoutais le canon.
Ici, ma voix mêlée aux chants des fêtes
De la pairie a bégayé le nom.
Ame rêveuse aux ailes de colombe.
De mes sabots, là, j'oubliais le poids. Du ciel, ici, sur moi la foudre tombe Et m'apprivoise avec celle des rois.
Contre le sort ma maison s'est armée Sous l'humble toit, et vient aux mêmes lieux Narguer la gloire, inconstante fumée Qui tire aussi des larmes de nos yeux.
Amis, parents, témoins de mon aurore.
Objets d'un cuite avec le temps accru, Oui, mon berceau me semble doux encore, El la berceuse a pourtant disparu.
Lieux ou jadis m'a bercé l'Espérance, Je vous revois à plus de cinquante ans. On rajeunit aux souvenirs d'enfapce, Comme on renaît au souffle du printemps.
262 IB VIBUX VAGABOND,
Xe Tieux Vagabondi
Air : Guide mes pas, ô Providence !
Dans ce fossé cessons de vivre.
Je finis vieux, infirme et las.
Les passants vont dire: Il est ivre.
Tant mieux ! ils ne me plaindront pas. J'en vois qui détournent la tête; D'autres nie jettent quelques sous.
Courez vile; alliez à la fêle.
Vieux vagabond, je puis mourir sans vous.
Oui, je meurs ici de vieillesse Parce qu'on ne meurt pas de faim.
J'espérais voir de ma détresse L'bôpilal adoucir la On.
Mais tout est plein dans chaque hospice. Tant le peuple est infortuné.
La rue, hélas I fut ma nourrice.
Vieux vagabond, mourons où je suis né.
Aux artisans, dans mon jeune âge.
J'ai dit: Qu'on m'enseigne un métier. Va, nous n'avons pas trop d'ouvrage, Répondaient-ils, va mendier.
Riches, qui nie disiez : Travaille!
J'eus bien dfts os de vos repas; J'ai bien dormi sur votre paille.
Vieux vagabond, je ne vous maudis pas.