‹ Chansons choisiesChapitre 85 sur 155 · LES SCIENCES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES

De la lampe il voit la matifre, Les ressorts, le fond, les contours; Je n'en veux voir que la lumière :

Muses, restez; restez. Amours.

Enfin aux calculs qu'on entasse Si les cieux n'obéissaient pas:

Plus d'une erreur passe et repasse Entre les branches d'un compas.

Un siècle a changé la physique; Nos temps sont féconds en retours.

Je crains que le soleil n'abdique:

Muses, restez; restez, Amours.

Enivrons-nous de poésie.

Nos cœurs n'en aimeront que mieux ; Elle est un reste d'ambroisie.

Qu'aux mortels ont laissé les dieux.

Quel est sur moi le froid qui tombe' C'est le froid du soir de mes jours.

Promettez un rêve à ma tombe, Muses , restez ; restez. Amours.

li» Sîéesse.

SUR UNE PERSONNE A QUI l'aUTEUR A VU REPRÉ- SENTER LA L113EKTÉ DANS UNE DES FKTES DE LA RÉVOLUTION.

Air de la Petite Gouvernante.

Est-ce bien vous, vous que je vis si belle. Quand tout un peuple, entourant votre char.

LA DÊBSSB. 141

Vous saluait da nom de Timmortelle Dont votre maia brandissait l'étendard?

De nos respects, de nos cris d'allégresse. De votre gloire et de votre beauté.

Vous marchiez fière; oui, vous étiez déesse, Déesse de la liberté.

Vous traversiez des ruines gothiques; Nos défenseurs se pressaient sur vos pas; Les fleurs pleuvaient, et des vierges pudiques Mêlaient leurs chants à l'hymne des combats. Moi, pauvre enfant, dans une coupe amère, En orphelin par le sort allaité, Je m'écriais: „TenQ?-moi lieu de mère, Déesse de la liberté."

De noms affreux celte époque est flétrie : Mais, jeune alors, je n'ai rien pu juger. En épelant le doux mot de patrie.

Je tressaillais d'horreur pour l'étranger. Tout s'agitait, s'armait pour la défense; Tout était fier, surtout la pauvreté.

Ah! rendez-moi les jours de mon enfance, Déesse de la liberté.

Volcan éteint sous les cendres qu'il lance,

Après vingt ans ce peuple se rendort;

Et l'étranger, apportant sa balance.

Lui dit deux fois: , .Gaulois, pesons ton or."

Quand notre ivresse, au ciel rendant hommage.

Sur un autel élevait la beauté.

142 LB-UALADB.

D'un rêve heureux vous n'étiez que l'image, Déesse de la liberté.

Je vous revois , et le temps trop rapide Ternit ces yeux où riaient les amours; Je vous revois , et votre front qu'il ride Semble à ma voix rougir de vos beaux jours. Rassurez-vous : char, autel, fleurs, jeunesse, Gloire, vertu, grandeur, espoir, fierté.

Tout a péri; vous n'êtes plus déesse.

Déesse de la liberté.

lie malade.

(Avril 1813.)

Air: Muse des bois, etc.

Un mal cuisant déchire ma poitrine, Ma faible voix s'éteint dans les douleurs, Et tout renaît, et déjà l'aubépine A vu l'abeille accourir à ses fleurs.

Dieu d'un sourire a béni la nature, Dans leur splendeur les cieux vont éclater. Reviens, ma voix, faible, mais douce et pore Il est encore de beaux jours à chanter.

Mon Esculape*) a renversé mon verre; Plus de gaîté! mon front se rembrunit.

*) Le célèbre docteur Dubois , à qui l'auteur de ces chansons ne peut témoigner trop de reconnaissance, et en qui les qualités du cœur égalent la science et l'étonnante habileté.

Mais vient l'amour et le mois qu'it préfère ;

Déjà l'oiseau butine pour son nid.

Des voluptés le torrent va s'épandre

Sur l'univers qui semblait végéter.

Reviens , ma voix, faible, mais toujours tendre.

Il est encor des plaisirs à chanter.

Pour mon pays que de chansons encore!

D'un lâche oubli vengeons les trois couleurs*). De nouveaux noms la France se décore; A l'aigle éteint nous redevons des pleurs. Que de périls la tribune orageuse Offre aux vertus qui l'osent affronter!

Reviens, ma voix, faible, mais courageuse. Il est encor des gloires à chanter.

Puis j'entrevois la Liberté bannie; Elle revient: despotes, à genoux!

Pour l'étouffer, en vain la Tyrannie Fait signe au Nord de déborder sur nous. L'ours effrayé regagne sa lanière.

Loin du soleil qu'il voulait disputer, ileviens , ma voix, faible, mais libre et fière. Il est encor un triomphe à chanter.

Que dis-je, hélas! oui, la terre s'éveille, Belle et parée , au souffle du printemps,

*) A l'époque où cette chanson fut faite , on avait banni du salon de peinture les tableaux où M. Hprace Vernei avait si bien représenté les beaux faits d'armes de la révolution. On a senti cette année le ridicule d'une pareille mesure.

144 l'épéb db dàmoclès*

Mais dans nos cœurs le courage sommeille ; Chargé de fers, chacun se dit: J'attends! La Grèce expire , et l'Europe est tremblante. Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter. Reviens, ma voix, faible, mais consolante. Il est encor des martyrs à chanter.

li'IIpéc de Damoelës.

Air : -4 soixante ans, etc.

De Damoclès l'épée est bien connue; En songe, à table, il m'a semblé la voir. Sous cette épée et menaçante et nue, Denys l'ancien me forçait à m'asseoir.

Je m'écriais : Que mon destin s'achève, La coupe en main,' au doux bruit des concerts. O vieux Denys, je me ris de ton glaive *); Je bois, je chante, et je siffle les vers.

Servez, disais-je à messieurs de la bouche: Versez! versez! messieurs du gobelet.

Malheur d'aulrui n'est point ce qui le touche, Denys, sur moi fais donc vite un couplet.

•) Denys l'ancien, tyran de Syracuse, était, comme on sait, un mélromane déterminé: il envoyait aux carrières ceux qui ne trouvaient pas sesveis bons. Quant à l'histoire du festin de Damoclès, elle est trop connue pour qu'il soit besoih de là rapporter lai.

l'épbb de damoclès. 145

Ton Apollon à nos larmes fait trêve; Il nous égaie au sein d'affreux revers. O vieux Denys, je me ris de ton glaive; Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

Puisqu'à rimer sans remords tu t'amuses, De la patrie écoute un peu la voix :

Elle est, crois-moi, la première des muses. Mais rarement elle inspire les rois.

Du frêle arbuste où bout sa noble sève, La moindre fleur parfume au loin les airs. O vieux Denys, je me ris de ton glaive; Je bois , je chante, et je siffle tes vers.

Tu crois du Pinde avoir conquis la gloire, Quand ses lauriers , de ta foudre encor chauds, Voût à prix d'or te cacher à l'histoire. Ou balayer la fange des cachots.

Mais, à ton nom, Clio, qui se soulève, Sur ton cercueil viendra peser nos fers. O vieux Denys , je me ris de ton glaive; Je bois , je chante, et je siffle tes vers.

Que du mépris la haine au moins me sauve! Dit ce bon roi, qui rompt un fil léger. Le fer pesant tombe sur mon front chauve, J'entends ces mots: Denys sait se venger. Me voilà mort, et poursuivant mon rêve, La coupe en main, je répèle aux enfers : O vieux Denys , je me ris de ton glaive; Je bois, je chante, et je siffle tes vers.

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