‹ Chansons choisiesChapitre 86 sur 155 · LE VIOLON BRISÉ · texte numérisé non relu

LE VIOLON BRISÉ

lie Violon Brisé.

Air ; Je regardais Madelinette.

Viens, mon chien, viens, ma paavre béte; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête; Demain nous aurons du pain noir.

Les étrangers , vainqueurs par ruse.

M'ont dit hier dans ce vallon : .

,, Fais-nous danser!" Moi, je refuse; L'un d'eux brise mon violon.

C'était l'orchestre du village. Plus de fêtes! plus d'heureux jours !

Qui fera danser sous l'ombrage?

Qui réveillera les amours?

Sa corde vivement pressée, Dès l'aurore d'un jour bien doux.

Annonçait à la Gancée Le cortège du jeune époux.

Aux curés qui l'osaient entendre.

Nos danses causaient moins d'effroi.

La gaîlé qu'il savait répandre £ût déridé le front d'un roi.

S'il préluda, dans notre gloire.

Aux chants qu'elle nous inspirait, Sur lui jamais pouvais-je croire Que l'étranger se vengerait?

LE VIOLON BRtSS. 147

Viens, mon chien, viens ma pauyre bêle; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête; Demain nous aurons du pain noir.

Combien sous l'orme ou dans la grange Le dimanche va sembler long!

Dieu bénira-t-il la vendange Qu'on ouvrira sans violon!

Il délassait des longs ouvrages.

Du pauvre étourdissait les maux ; Des grands , des impôts , des orages.

Lui seul consolait nos hameaux.

Les haines, il les faisait taire; Les pleurs amers, il les séchait.

Jamais sceptre n'a fait sur terre Autant de bien que mon archet.

Mais l'ennemi qu'il faut qu'on chasse M'a rendu le courage aisé.

Qu'en mes mains un mousquet remplace Le violon qu'il à brisé.

Tant d'amis, dont je me sépare, Diront un jour, si je péris:

Il n'a point voulu qu'un barbare Dansât gaîment sur nos débris.

Viens, mon chien, viens, ma pauvre bête; Mange malgré mon désespoir.

Il me reste un gâteau de fête, Demain nous aurons du pain noir.

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