LIE'DS
Si pâle il est venu, que ma sœur pense
« n'a-t-elle pas bu son sang, son âme et sa fiance,
et n'est-il pas l'ombre de ses sandales et la trace de ses pas. »
Si pâle il est tombé sur ses genoux, que ma sœur pense
« de quels rêves en pourpre et nefs en fleurs et rires d'enfance
n'honorera-t-il pas le déclin des yeux miraculeux sur son front las. n
Si pâle il est pai'ti, que ma sœur pense
« vers quelle tempête, quel paradis, quelle sinistre accoutumance
trouvera-t-il pas quelque douleur involontaire et plus douce que ce lent trépas. »
La mienne est belle ainsi que des vols de parfums — l'autre jour c'était comme fleur qui s'ouvre — La mienne est belle comme chairs d'anges en printemps C'était l'autre soir tout le soleil sur mon cœur —
les lèvres de la mienne sont la seule caresse — les parcs spirituels se parent sous ses lèvres — Dans la clameur elle est le temple et dans la foule l'horizon l'accueil de la mienne, la bonne saison —
(Jetait Vautre matin dans sa tristesse la nuit d'hiver la voix de la mienne la féerie des sons — C est pour la vie toute comme Jleur qui s'ouvre — la mienne est belle ainsi que la résurrection. —
Lieds
Ah! ce bonheur si douloureux, pourquoi?
Tête victorieuse, pays des fées, matité reine, piscine d'absolu, liens des baisers, dits de la reine, ah! pourquoi cette âcreté de vos bonheurs, pourquoi?
Voile du néant, idole de toute gemme supérieure, fin des mots bégayés dès les enfances et les erreurs, clef qui peut fermer la blessure de vivi^e ou rouvrir les labyrinthes des terreurs vaines et aberrantes souffrances 0 vous, tout, cette âcreté de vos bonheurs, pourquoi?
Et vos charités qui sont acres morsures, et vos pantomimes simulacres du divin, et toute féerie qui rit à tes soupirs en réveil, vermeil horizon, seule destinée, ultime blessure, cette âcreté de tes bonheurs, pourquoi?
Filles de Bagdad qui partez en mer sur la nef aux rames blanches
les pèlerins tristes pleureront amers près des rosiers aux cent roses blanches.
« Pour avoir laissé les pieux pèlerins
se baigner dans nos yeux noirs, nous nous en allons vierges veuves éplorées dans le destin noir. »
Filles vous alliez gaies a la fontaine dans le sourire clair du soir,
filles vous veniez gaies a la citerne sous les torches d'or du sop\
u Las les pèlerins qui venaient de loin pour se baigner dans nos yeux noirs
Ils diront de nous : les douces infidèles nous abandonnent aux destins noirs^
Lieds
Leur nef qu'on para de cent roses blanches, leurs rames guirlandées des joies des horizons,
Les esclaves parés aux couleurs de leurs visages et leur 'pilote, le plus sage,
les mèneront aux terres blanches comme avalanches.
« Las, la nef sans pilote ni cordages s'en ira sombrer vers les horizons et les pèlerins ne sauront pas V orage, V orage de nos destins, n
Il est venu puis reparti;
je le sais, son cœur grave pâtit
depuis l'instant qu'il est parti
J'étais folle comme une enfant et je jouais comme au volant de ses graves douleurs d'amant
au détour de la route encor
il voulut élever son cor
vers ses lèvres, pour l'adieu encore
mais il laissa tomber son bras
et lentement se détourna
et le détour de la route l'emporta
Quelle introuvable route me ramènera celui que f attends pour tomber dans ses bras et chasser de mes baisers le souci qui l'enténébra.
Lieds
Choses vindicatrices, passés cruels, ombres passées, sur le maintenant peureux vous vous vengez et détruisez en sa fleur pâle le bonheur triste.
Passés, vous dressez devant l'élan désespéré
le mur de ouate, le mur de brume d'autres défaites;
mémoires, vous redites la nuit froide, les soirs de victoires,
les soirs de victoires inutiles et futiles ; mémoires, vous défaites d'un doigt lassé les colliers de fêtes.
Ombre, vous vous levez et dites : c'est encore moi,
le même moi tant caressé et dans mes tresses les mêmes émois
mes mains de nues comme autrefois
descendront vers ton cœur profond
et ne se poseront qu'à ton front
pour l'essor d'un fou désir orienté vers autrefois.
Ah! regards inutiles, vous redites le même lent accueil au seuil de mon palais,
le palais vacillant vers les ombres passées.
Le page Kunrad s'est évadé pou?' rencontrer sa destinée — ta destinée souvent s'enfuit.
Il gravit d'inutiles calvaires vit les jongleurs et les trouvères galopa par monts etparvav^
Souvent exilé des rivages il ne vit que le ciel et Veau et puis les vagues de la mer
Il vit V alcôve de mirage il embrassa des lavandières des filles de roi, des bergères de maintes lèvres il fit conquête
Mais, soîts des drapeaux de nuages, sa chevauchée et sa requête inutiles vers la conqtiête suprême de sa destinée
Lieds
Un jour, au coin du chemin Elle est venue baiser sa main la destinée toujours revient.
Lui lava ses pieds lassés puis elle essuya de sa face la poussière des chevauchées
Elle ôta ses belles lèvres
son teint mat, ses mains de fièvres
elle ôta son corps de fée
Puis prit le page dans ses bras et lui donna un seul baiser qui le vieillit de trente années
D'une caresse de ses mains elle lui décharna la face et le frappa de cécité
Au pont de l'Ill la charité
de ceux qui dans les jardins vont aimer
nourrit parfois le pauvre aimé.
Ta beauté, ta beauté, ma sœur, qu'en as-tu fait
Elle a glissé dans l'adversité
Mon frère, mon frère, mon âme qu'en as-tu fait.
J'ai cherché le pur miroir oîc refléter ta beauté ma sœur, ma sœur, ton âme, qu'en as-tu fait,
J'ai gardé ma face royale mes amants et ma probité mon frère, mon frère, ton âme, qu'en as-tu fait.
J'ai gardé ma face loyale mon manteau et mon épée mon âme, mon âme, ma sœur, qu'en as-tu fait.
Lieds
L'aube revient, riche et 'parfumée Le ciel, vers son sommeil, se revêt d'écarlate Mai, les mains pleines de fraises et de muguets àénit les pauvrets, dont les cœurs battent
Quelqu'âme garde ses cicatrices
Les agiles baladins, pimpants de pourpres dalmatiques
sur tréteaux et tremplins
la fée les mène de sa batte
Comme cygnes ondulants aux étangs galants
aux joues claires des caresses s'adressent
Tels d'incorporels séraphins les regards d'amour vibrent vite
Quelqu'âme garde ses cicatrices
En elle comme en moi qu'il lui soit pardonné ■ de danser a ravir les étourdit si vite
Mon âme garde ses cicatrices.
Au 'paradis sur trois trônes blancs sa grâce et son enchantement
et ses suprêmes attitudes Lors vient l'âme en détresse qui ne peut que douloir sans cesse et plus douloir
T avais mitre dorée et manteau de velours j'ai cilice rouge pourpre qui arde nuit et jour.
Si je revenais sur la terre j'habillerais ses pauvres nus
je soulagerais sa misère d'une couronne à son front méconnu
Aux brousses de ma terre d'autres pauvres sont venus Demeure en ton enfer, à jamais a toujours.
Au paradis sur trois trônes blancs sa grâce et son enchantement et ses suprêmes attitudes.
Lieds
Roi, le sol de la patrie s'allume en désastres.
Tes vignes, tes figuiers, tes oliviers, des tas de cendres
Parmi les lances des vainqueurs, au long des ravines, on voit descendre
les filles des nomades en files prisonnières.
J'ai vu tes gardes prisonniers
les chétifs et les captives
jouaient d'agrandir leurs blessures
les esclaves du camp barbare taillent des pagnes dans tes bannières les carcasses des chevaux d'armes pestilentent les eaux vives. Ta citadelle, ses murs ont voleté comme feuilles mortes mais deuil plus grand; encore je t'apporte
La reine a suivi les vainquev/rs ?
Elle pend au col d'un muletier
seul intact lors du désastre
leur allure rapide emporte leurs cœurs
vers les villes défoule aux cachettes sûres.
Dans la salle aux vitres sur la mer
Les rois sont assemblés à la coupe éternelle
Vans la salle au plafond d'étoiles.
Un douloureux d'avoir tant bu que l'on emporte sous un voile Un qui trébuche et que l'on cache sous un voile
Un qui meurt, et qu'on emporte sous un voile.
Et vers le seuil où plus morne se dot la porte
les regards des rois un instant distraits mais ils demeurent auprès de la coupe éternelle dans la salle aux vitres sur la mer.
Lieds
Je sais des pas qui sont passés sur quelle sov^ffrance ils ont passé, eux seuls l'ignorent et sont passés.
Je sais des chansons oubliées oubliées de qui me les apprit oubliées de mon cœur qui cela seul apprit.
Je sais des landes désolées
des friches incultes pour l'éternité
l'éternité des éphémères prêts à s'exiler
Je t'apporte, ami, mon cœur meurtri
le sillon des pas sur mon corps et sur mon âme
la grâce déjà promise, départie et reprise
et la caravane des triomphes que ta pensée blâme.
Je te donne, amie, mes lèvres vieillies, les rides de mon front découronné par d'autres et le banquet d'un cœur oîc l'on attendit l'hôte, l'hôte inconnu porteur de joies épanouies.
Je Rapporte, ami, la brève compagnie
d'un cœur en oubli, d'un cœur en folies, d'un cœur en voyage
paré pour des minutes vers les baisers du mage.
Je If apporte, amie, la triste solitude
d'un cœur en soupçons, d'un cœur en souffrance, d'un cœur en débris
dont les préludes de fête et les bruits de bal sont enfuis.
Lieds
xr
J'ai mémoire de forêts
de forêts en parfums,
de parfums en folies lus sur des clairières si jolies que les bêtes des forêts y brament d'amour inguérissable d'amour, sans cause, sans but, inguérissable.
Les candeurs fraîches et les brises frêles s'entrelacent en danses de rayons ; aux sons adoucis des cymbalons se jouent des âmes 7ieuves fêtant l'éclosion fraîche de nouvelles déesses aux beautés nouvelles.
Indicibles caprices d'un soleil amoureux des naines miraculeuses, s'éploient, se renouvellent, ah telle douce clairière des bois a ce baiser d'un soir, miroir,
Perdu dans le bois le plus sombre |
je croise mes bras sur ma poitrine \
et je regarde monter l'ombre \
de mes pieds à ma poitrine i
Pourra-t-elle couvrir d'un épais manteau la blessure de ma poitrine et le couteau
qu'un pur matin douce et mystérieuse d'autres délices Elle m'epfonça dans la poitrine et s' enfuit au loin,
Pour sortir du retrait le plus sombre
je trouverais le chemin ses yeux froids m'ordonneraient la tombe
je frissonne en vain.
Lieds
La minute d'oubli fut si douce Des yoles enrubannées de satins feu, de satins rouges fendaient les vaguettes où dansaient les ondines argentines menues comme un geste et claires comme un baiser Il n'est merveille que soleil
Il n'est miracle que soleil Les arches d'espérances et l'arcade du temple s'emparadisaient de péris argetitines dam les sons vifs des cithares et des cavalcades en pourpre
Il n'est oracle que soleil
Il n'est remède que soleil Des yoles les appels incantaient les dépari les départs pour plus clair qu'un baiser pour plus vif que les danses de la cithare
Il n'est d'oubli que soleil