‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 60 sur 82 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

J'avais dit à mon cœur : « Ferme-toi désormais ; Enterre-toi dans l'ombre et ne t'ouvre jamais

Aux rayons, aux parfums, aux brises.

Tu te mourus d'amour, par l'orgueil tu renais. Va dédaigneux parmi les hommes que tu hais

Et les femmes que tu méprises. »

Car j'étais malheureux, j'étais las, trébuchant. Nous espérons guérir l'âme en la desséchant.

En rendant mépris pour morsures.

La haine, hélas ! — Ayez pitié pour le méchant Est une lèpre ardente et qui va s 'attachant

Aux lèvres fraîches des blessures.

Et j'avais dit ainsi dans ma haine : « Malheur A celle qui viendra mêler à ma rancoeur La chanson de l'am.our naïve ;

Qui viendra d'un sourire aviver ma douleur Imprudente, et traîner dans l'ombre de mon cœur Sa main sur ma plaie encor vive. ))

« Car elle souffrira, j'en jure par mon deuil, Et par le désespoir et par le sombre orgueil

D'un cœur rebelle à tous les charmes.

Je veux qu'elle se brise en heurtant mon écuell, Je veux la voir gémir et pleurer sur mon seuil

Tout ce que j'ai versé de léirmes. »

Et voilà qu'un jour tu t'en vins poser En me souriant ta main dans la mienne. Et tout mon orgueil et toute ma haine Se sont envolés au bruit d'un baiser.

Et je n'ai plus vu que tes douces lèvres,

Tes lourds cheveux noirs, ton cou frais et blanc,

Et ce beau regard, humide et tremblant.

Où l'amour vainqueur allume ses fièvres.

Et je suis heureux, et tout l'univers, Tout ce qu'on souhaite et ce qu'on désire Tient dans ton regard, tient dans ton sourire. Dans le paradis de tes bras ouverts.

Et je deviens bon tout à fait, ma belle ; Je vois toute chose avec d'autres yeux, Parce que je t'aime et que sous les cieux Rien ne te ressemble et tout te rappelle.

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