‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 62 sur 82 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

Au vol, je l'ai cueilli ce baiser frais et doux. Et mon cœur en frémit encore et mes genoux Sont tremblants quand je songe à la brusque surprise. Vous vous êtes fâchée ! Oh ! la colère exquise, On recommencerait pour vous mettre en courroux.

Car vous êtes jolie, jolie à rendre fous Les anges, et peut-être à les rendre jaloux. Quand vous grondez ainsi pour une faveur prise Au vol.

Que faut-il maintenant pour que je sois absous ? Vous froncez le sourcil et riez en dessous, Méchante ! Un jour viendra (faut-il que je le dise ?) Un jour où de quelqu'un vous aurez l'âme éprise. (Ah ! si c'était de moi !) Ce jour-là, crierez-vous Au vol !

Juillet r879.

Laissez-moi vous aimer, Madame, Tantôt trisce, tantôt joyeux.

De tous les pensers de mon âme, De tous les regards de mes yeux ;

De tous mes sens, de qui l'ivresse.

En tumulte quand vous passez, Vous enveloppe et vous caresse, Sans jamais dire : C'est assez ;

De mes yeux qui, comme en délire.

Quand sur vous ils osent errer.

Sont toujours tout près de sourire.

Et toujours tout près de pleurer ;

De mon oreille avide et tendre. Qui, si loin de vous que je sois, Croit toujours et partout entendre La musique de votre voix ;

Page 1