LAISSEZ-MOI VOUS AIMER
De mon vilain nez qui s'enivre En silence et seul, comme un vieux Ivrogne, de l'odeur exquise Qui s'envole de vos cheveux ;
De mes lèvres, au pli farouche, Oij des baisers l'ardent troupeau Demande la fleur de ta bouche.
Le fruit savoureux de ta peau ;
De mes bras qui sont en colère, Dans leur quotidien labeur.
D'avoir autres choses à faire Qu'à te serrer contre mon cœur.
Juillet 1879.
Vraiment, tu crois que je raille Quand je dis : je t'aime ! — Ah ! tiens ! Crois en mon cœur qui tressaille, Et mes yeux cherchant les tiens.
Ne crois pas à mes paroles :
Je veux bien, moi. Taisons-nous.
Les baisers sont moins frivoles Et j'embrasse tes genoux.
Tu crois que je fais des phrases Pour m 'amuser en passant :
Crois les divines extases Que je goûte en t'embrassant.
Tu prétends que je ne t'aime Que pour aligner vingt vers ; Ah ! je rêve un beau poème Muet dans tes bras ouverts.
Vois-tu bien, nmes ou prose, Vraiment, çà m'est bien égal.
Donne-moi ta lèvre rose Pour y mettre un madrigal.
Donne-moi tes yeux, méchante, Tes yeux enfin apaisés.
Pour que tout bas je leur chante La chanson des longs baisers.
Donne-moi ta gorge blanche...
Si tu voulais tu verrais De ton épaule à ta hanche Quel refram je chanterais !
Les mots sont des baisers vides.
Vains hommages de bavard Et que la lèvre timide Jette dans l'air au hasard.
Les vers d'un monsieur bien sage Sont les baisers lourds et froids Que sur une blanche page Pesamment jettent les doigts.
Il est une autre harangue Pour ravir ou consoler.
Et Dieu n'a pas fait la langue Uniquement pour parler ;
Il n'est poème sublime Qui puisse rivaliser Avec la petite rime D'un baiser contre un baiser.
Juillet 1879.
Tu ne veux pas m'almer, perfide ; Mais quand je passe, cependant, Je sens ton beau regard timide Qui cherche mon regard ardent.
Tu ne veux pas m'aimer, méchante, Pourtant quand je suis près de toi Ton œil sourit et ta voix chante Et tout ton cœur est en émoi.
Tu ne veux pas m'aim.er, rebelle ; Mais quand je te parle pourtant.
Je ne sais quoi te rend plus belle Et rend ton sein plus palpitant.
Tu ne veux pas m'aimer, superbe ; Mais quand je t'effleure en passant Je te sens frémir comme l'herbe Sous un zéphyr caressant.
Tu ne veux pas m'aimer, coquette ; Pourtant quand je presse ta main, Ta déclaration muette Me vient au cœur par ce chemin.
Tu ne veux pas m'aimer, cruelle ; Mais quand je te vole un baiser.
Dans ton souffle palpite l'aile Du tien, que tu veux refuser.
Tu ne veux pas m'aimer, vilaine.
Et pourtant tu m'aimes. J'en crois, Malgré tes lèvres, ton haleine, Malgré tes paroles, ta voix.
Août 1879.