‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 64 sur 82 · MARGUERITE · texte numérisé non relu

MARGUERITE

Quatre ans sont passés : tu m'aimes encore ! L'histoire inscrira cet événement ; On mettra ton nom, frais comme l'aurore, Dans le manuel du parfait amant.

Comment! C'est bien vrai, çà, Mademoiselle? Mais savez-vous bien que c'est une horreur D'être si jolie et d'être fidèle Au premier amour des quinze ans en fleur.

Mais savez-vous bien qu'on est ridicule, Qu'on parle de vous, qu'on vous montre au doigt Quand au cœur on a si peu de scrupule, Quand on sait si peu ce que l'on se doit.

Ce qu'on donne à l'un à l'autre on le vole. Vraiment, c'est bien mal!... Cependant, dis-moi. Veux-tu d'un seul mot que je te console, Je suis ridicule encor plus que toi.

Car j'en fais l'aveu : nos deux destinées, A tout bien compter, ont un pareil cours ; Car tu m'aimes, toi, depuis quatre années, Ea je te chéris, moi, depuis toujours.

Dès que tu me vis, ton âme mgénue En pensant à moi rêvait de bonheur.

Et moi, même avant de t'avoir connue, De l'amour de toi j'avais plein le cœur.

Oh ! oui, bien avant, chère Marguerite, Je rêvais, tout seul, inquiet, tremblant. D'un œil clair et gai, d'une main petite. De cheveux châtains sous un frais cou blanc

Et de cette grâce aisée et rythmique Qui cambre ta taille, arrondit tes bras. Moule ta poitrine et met sa musique Jusque dans le bruit de tes petits pas ;

Et de cet esprit fin sans artifice.

Tout à la fois tendre et gaiment moqueur. Tout plein d'abandon, tout plein de malice. Qui n'est que l'écho chantant de ton cœur.

Ainsi je t'aimais avant te connaître, Et je t'adorai quand je pus te voir (Me sentant revivre et me sentant naître). Comme un souvenir et comme un espoir.

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