MARGUERITE
Et nous nous aimions sans oser le dire, Chaque âme doutant du cœur adoré, Chacun caressant son secret martyre Dans un coin du cœur mtime et sacré.
II a trop duré ce temps de silence :
On se sépara sans s'être entendu ;
A l'amour caché succède l'absence...
Que de temps, Marpha, que de temps perdu !
Mais non ! qu'il soit cher à nos cœurs fidèles Ce temps indécis d'amours en exil, Fait de doux regrets, d'espérances frêles, Sourires de mai sur les pleurs d'avril.
Car sans se connaître, alors nos pensées S'envolaient cherchant chacune sa sœur, Et Dieu pouvait voir parmi les nuées Se croiser dans l'air ces oiseaux du cœur.
Et nos cœurs rejoints maintenant jouissent De tout ce passé fait pour éprouver, La prem.ière fois que nos mains s'unissent, Goûtant le bonheur de se retrouver ;
Et nous nous aimons avec plus d'ivresses De tous nos soucis enfin apaisés.
De tous nos désirs devenus caresses. De tous nos soupirs devenus baisers.
Août 1879.