ENVOI DE JARRETIERES
O trop heureuses jarretières,
Si vous saviez votre bonheur,
Vous allez, sans en être fières.
Vers les ravissantes frontières
Des régions hospitalières
Où voudrait s'en aller mon cœur.
Vous allez avoir pour retraite
Les lieux où, par toute saison,
Mes yeux d'amant et de poète
Voudraient borner leur horizon.
Vous verrez les chevilles fines.
Les genoux au pur modelé.
Les méplats aux blancheurs divines
Et la courbe que tu dessines,
Ligne savante du mollet ;
Vous verrez la peaa. blanche et blonde.
Et vous le ferez ce chemin
Du jarret à la cuisse ronde
Que voudrait reprendre ma main ;
Vous pourrez sans trêve ni terme
Palpiter de tous les frissons
De la délicate épiderme
De la chair savoureuse et ferme
Que, vous et moi, nous embrassons.
Destin charmant — le mien est pire —
Partage inique, à bien compter ;
Car l'amour n'entre en votre empire
Que quand vous daignez le quitter.
Allez pourtant ! Dieu vous assiste !
Soyez fermes et tenez bon Sous les baisers de la batiste, Sous les caresses du jupon.
Pour aider le pas vif et preste.
Soyez les gardiens scrupuleux, Malgré le genou qui proteste, De la cambrure du pied leste.
Du galbe parfait des bas bleus.
Réprimez l'esprit de malice, Repoussez les tentations, Et, contentes de votre office.
Ne montrez vos séductions Qu'à moi seul, pendant l'exercice De vos aimables fonctions.