‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 73 sur 82 · ENVOI DE JARRETIERES · texte numérisé non relu

ENVOI DE JARRETIERES

Pour le genou rond que j'adore,

Pour les bas bleus — si bien doublés —

Pour la cuisse aux teintes d'aurore

(Et vous pouvez plus haut encore

Porter la voix si vous voulez),

Pour toutes ces beautés si chères.

Pour tous ces objets si charmants.

Chargez-vous, douces messagères.

De mes smcères compliments.

Dites-leur qu'ils sont pleins de grâce.

Que sans vouloir leur faire affront,

Je porte envie, avec audace.

Autant à ce qui les enlace

Qu'à tout ce qu'ils enlaceront.

Veuillez bien leur dire ces choses,

Et, pour signature, laisser

Sur le velin deux lignes roses

Que mes lèvres voudraient tracer.

Aoiit 1880.

Encore un départ, une absence encore, Encor des adieux, encore un ennui.

Pour qui, dans tes yeux, voit lever l'aurore, Que les jours sont courts et longue la nuit.

Elle vient la nuit et la solitude.

Et mon cœur encore éclairé d'amour Sent le vague effroi plein d'inquiétude Qui saisit l'enfant au déclin du jour.

J'ai froid, je frémis sous l'humide brume, Triste et seul devant le sombre horizon. Comme sous la pluie un âtre qui fume.

Feu de pâtre éteint où meurt un tison.

— Mais tu reviendras — oui, puisque je t'aime. Mais quand reviendrai-je et pour trouver quoi ?

Au retour serai-je à tes yeux le même, Et seras-tu bien la même pour m.oi ?

De combien d'affronts du temps homicide Pendant ces trois mois je puis avoir peur !

Un seul cheveu blanc proche d'une ride Combien pèsent-ils, balances du cœur ? ,

Et tous tes soupçons, ma chère jalouse ! Quatre miots d'am.our signés d'un baiser, Un regard de moi que le tien épouse Ne serait plus là pour les apaiser.

Mais qu'importe } AU righti douce est la souffrance Et le cœur croyant sait s'y rajeunir.

Quand dans l'avenir flotte une espérance, Quand dans le passé luit un souvenir.

J'accepte la vie ainsi qu'elle est faite En mon âme veuve et pleine d'émoi, Près de la blessure intime et secrète, A-ux chemins d'exil j'emporte avec moi.

Pour guérir nos m.aux et calmer mes fièvres, Comme le payen emportait ses Dieux, Le sourire ami du coin de tes lèvres.

L'amoureux rayon du coin de tes yeux.

Août 1880.

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