AU REVOIR
En voyage — Le train cahote, siffle et ronfle — L'on bâille, l'œil errant sur l'horizon qui fuit ; On rêve du départ, du but, le cœur se gonfle Inquiet de la vague approche de la nuit.
— Une maison auprès d'un bois, dans la charmille Et les roses ; bambins dansant en rond ; un chien Joyeux qui jappe en l'air ; un repas de famille Sous la treille — On se penche, on regarde — Plus rien
Et l'on sent que l'on vient de perdre quelque chose, Que le poids des regrets dans le cœur s'est accru Et qu'on vient de passer solitaire et morose Près du rêve éternel brusquement apparu ;
Et qu'on la reverra souvent la maison blanche, Vision de bonheur intime et familier,
Et sur les fronts joyeux la treille qui se penche. Et la grille entr 'ouverte au geste hospitalier.
Ainsi dans le voyage inquiet de la vie, je voas vis et mon âme a senti votre attrait, Juste assez pour souffrir quand vous m'êtes ravie, Pas assez pour l'amour, assez pour le regret.
Et ma mémoire, hélas ! trop fidèle et trop sûre. Gardienne des jours morts qu'elle croit rajeunir. Impitoyablement recompose et mesure Ce que ce cher passé contenait d'avenir.
Rien ne reste aujourd'hui de ce qui devait être. Tout ce qui fut aurore est ombre désormais. Ces riens ne sont plus rien de qui tout devait naître, Tout ce qui fut peut-être est devenu jamais.
Et mes peines vont croître à demeurer secrètes. Car je ne puis les dire, et vous en souririez. Et je vous perds deux fois, perdant ce que vous êtes Et tout ce que j'avais rêvé que vous seriez.
El, sans avoir le droit de pleurer quand il saigne. Mon cœur, regrettant plus qu'il n'eût osé prévoir, A, sans même sentir la douceur qu'on le plaigne. Le deuil d'un souvenir et le deuil d'un espoir.