‹ Chansons d'un passant. Introd. par Joseph AgeorgesChapitre 77 sur 82 · NEIGES D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

NEIGES D'AUJOURD'HUI

Oui ! dites-moi dans quel pays, sous quel soleil Sont celles que j'aimais dans mon printemps vermeil,

Fleurs de mon âme ?

Où sont les soirs si doux et les matins si frais, Où sont dans l'herbe haute à l'ombre des forêts

Ces pas de femme ?

Où sont les genêts d'or le long des chemins creux Baignant d'un demi-jour si propice aux aveux

Nos promenades ?

Où sont le charme vert et le peuplier blanc Dressant autour de nous comme un rideau tremblant

Leurs colonnades ?

Où sont les rendez-vous furtifs sous les tilleuls Où l'on se parlait bas, côte-à-côte, bien seuls Dans la nuit sombre.

Où la main dans la main l'on tressaillait parfois Quand éclataient soudain de lugubres abois Au loin dans l'ombre ?

Où sont les fleurs de mai qu'on respire en chemin Et les larmes d'avril que va cueillir la main

A la branche, Et, près du feu d'hiver au doux bourdonnement, Les livres lus à deux qu'éclaire mollement

La lampe blanche ?

Où sont les fêtes, et les rires, et son chant, Et la musique ailée, et, les coeurs se touchant.

Les molles danses.

Et dans l'âme l'essaim frissonnant des désirs, Les fronts, les yeux, les seins, les lèvres, les plaisirs

Et les souffrances ?

Ils sont là, près de nous ; toujours vieux et nouveaux. Ces dieux des jeunes cœurs ont encor leurs dévots

Et leurs apôtres; Dans leur tronc d'azur et dans leur nimbe d'or, Dans leur gloire éternelle ils rayonnent encor,

Hélas ! pour d'autres,

Echappant à nos mains quand la jeunesse fuit. Quand nous comptons nos sens qui glissent dans la nuit Et qui succombent;

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