ROSINE
Savez-vous la fleur qu'on nomme Rosine ? Avez-vous senti son parfum caché ?
La fleur est exquise et l'odeur divine : Odeur de plaisir et fleur de péché.
Avez-vous compris sa grâce mutine ?
Son nom signifie, à la vérité, Que par la fraîcheur elle est églantine Et rose déjà par droit de beauté.
Jusqu'au fond du cœur sa frêle racine Plonge fibre à fibre un souple réseau; Elle n'est pas haute et sa tige est fine : Prononcez Rosine, entendez roseau.
Au ciel bienfaisant la terre chagrine Chaque jour demande un peu de fraîcheur
Et le ciel envoie en douce bruine
La rosée aux bois, la rosine aux cœurs.
Son état civil est sur la colline, Sur un feuillet blanc détaché d'un lis, Et Dieu baptisa son front qui s'incline De l'eau qui tombait des volubilis.
C'est là qu'on trouva sous une aubépine Cet enfant du ciel aux fraîches couleurs. Né d'une rougeur d'aube purpurine Qu'avait embrassée un parfum de fleurs.
Les bleuets sont bleus, nous enseigne Pline. Et la rose est rose, assure Bouhours; Les bleuets sont bleus, la rose est Rosine Quand elle devient la fleur des amours.
Le lis s'est fait blanc aux mains des dauphines. Le laurier brillant au front des vainqueurs, La pervenche bleue aux eaux des ravines, Et Rosine rose au sang de nos cœurs.
3 septembre 1885.
Si j'aimais ta main, ta main fine et grêle.
Mes vers se feraient, dans l'ombre des bois,
Gouttes de rosée, onde qui ruisselle.
Eau dans l'herbe et perle en tombant des doigts.