ROSINE
Si j'aimais tes pieds légers comme un rêve, Mes vers se feraient délicats réseaux, Frais tapis de mousse ou sable de grève Où restent empreints les pieds des oiseaux.
Si j'aimais ton nez gourmand d'odeurs fines, De toutes les fleurs qu'au printemps tu vois. Mes vers monteraient parfums des ravines, Haleines des eaux et senteurs des bois.
Si j'aimais ton front, ton front qui rayonne, Mes vers radieux du haut d'un ciel pur Descendraient sur toi comme une couronne, Etoiles d'argent et bandeau d'azur.
Si j'aimais tes yeux, pour un peu leur plaire. Pour être cherché par eux, pour pouvoir Etre contemplé souvent sans colère.
Mon vers amoureux se ferait miroir.
Si j'aimais — ô rêve où mon cœur se plonge ! — Ta bouche divine aux lèvres de miel.
Mes vers deviendraient ces baisers qu'en songe Viennent nous donner les esprits du ciel !
Mais je t'aime toute. En toi tout m'enivre, Et mes vers voudraient, ardents et joyeux. Etre ton sang pur, le sang qui fait vivre Tes pieds et ta main, ta bouche et tes yeux.
Et bondir en toi, pourpre de ta veine, Sève de ta chair, vivace liqueur, Faisant le corps tiède et chaude l'haleine Et prenant leur source au creux de ton cœur.
10 septembre 1885.