PARNY
Musique de M. B. Wilhem.
Je disais aux fils d^Epicure :
u Réveillez par vos joyeux chants
)> Pamy qui sait delà nature
)) Célébrer les plus doux penchans. »
Mais les chants que la joie inspire
Font place aux regrets superflus :
Parny n'est plus !
Il vient d'expirer sur sa lyre :
Parny n'est plus î
Je disais aux Grâces émues :
u II vous doit sa célébrité j )> Montrez-vous à lui demi-nues :
» Qu'il peigne encor la volupté. » Mais chacune d'elles soupire Auprès des plaisirs éperdus.
Pamy n'est plus !
11 vient d'expirer sur sa lyre :
Pamy n'est plus !
Je disais aux dieux du bel âge :
(c Amours, rendes à ses vieux ans » Les fleurs qu'auprès d'une volage
i5 » Il prodigna dans son printemps. »
Hais en plenrant je les Tois lire Des rers qu'ils ont cent fois rdus.
Pamy n^est plus !
Il Tient d^expirer sur sa lyre :
Pamy n'est plus!
Je disais aux Muses plaintiTes :
(c Oubliez vos malheurs récens *.
» Pour charmer l'écho de nos rÎTes » Il TOUS suffit de ses accens. n Mais du poétique délire Elles brisent les attributs.
Parny n'est plus !
Il Tient d'expirer sur sa lyre ;
Pamy n'est plus !
Il n'est plus ! Ah ! puisse l'enTie S'interdire un dernier effort ** !
Immortel il quitte la Tie ; Pour lui tous les dieux sont d'accord.
Que la haine, prête à maudire, Pardonne aux aimables Tertns.
Pamy n'est plus !
Il Tient d'expirer sur sa lyre :
Pamy n'est plus !
* Alltuion à la mort de Lebrun , de Delille , de Bernardin de Saint- Pierre «deGrétry , été.
** Autre allusion aux insultes faites i la méaoire de i'aatear de la Guerre des Dieux.
i6 MA GRAND* MÈRE.
Air .' En revenant de Bâle en Suisse. '
Ma grand^-mèrc , un soir à sa fête , De TÎn par ayant bn deux doigts, Nous disait en branlant la tête :
Que d'amoureux j'eus autrefois î
Combien je regrette^
Mon bras si dodu , f ^
Ma j ambe bien faite, ?
Et le temps perdu ! )
Quoi ! maman , vous n'éliexpas sage !
— Non, vraiment ; et de mes appas Seule à quinze ans j'appris l'usage , Car la nuit je ne dormais pas.
Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , Et le temps perdu !
Maman , vous aviez le cœur tendre ?
— Oui, si tendre , qu'à dix-sept ans Lindor ne se fit pas attendre ,
Et qu'il n'attendit pas long-temps. Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , Et le temps perdu !
Mêman, Lindor sarait donc plaire ?
—- Oui , seul il me plut quatre moia : Maia bientôt f estimai Valèie , Et fis deox heureux à la fois.
Combien je regrette
Mon bras si dodu ,
Ma jambe bien faite ,
Et le temps perdu !
Quoi! maman, deux amans ensemble !
—-Oui , mais chacun d'eux me trompa «us fine alors <iu'il ne vous semble J'épousai Yotre grand-papa.
Combien je regrette
Mon bras si dodu ,
Ma jambe bien faite
Et le temps perdu !
Maman , que lui dit la famille ?
— Kien j mais un mari plus sensé Eut pu connaître à la coquille Qnc l'œuf était déjà cassé.
Combien je regrette
Mon bras si dodu ,
Ma jambe bien faite ,
Et le temps perdu !
Maman , lui fûtefr-rous fidelle ?
-- Oh ! sur cela je me tais bien.
A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle , Mon confesseur n'en saura rien.
Combien je regrette
Mon bras n dodu , Ma jambe bien faite Bt le temps perdu !
Bien tard) maman , tous fûtes veuTe ?
— Oui ; mais , çràces à ma gaîté , Si Téglise n^était plus neuTe , Le saint n^en fut pas moins ièté.
Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , £t le temps perdu!
Comme tous, maman , faut-il faire ?
— Hé , mes petits-enfans , pourquoi , Quand j^ai fait comme ma grande-mère , Ne feriez-TOUs pas comme moi?
Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite, Et le temps perdu !