‹ Chansons de Béranger (volume 2)Chapitre 14 sur 206 · PARNY · texte numérisé non relu

PARNY

Musique de M. B. Wilhem.

Je disais aux fils d^Epicure :

u Réveillez par vos joyeux chants

)> Pamy qui sait delà nature

)) Célébrer les plus doux penchans. »

Mais les chants que la joie inspire

Font place aux regrets superflus :

Parny n'est plus !

Il vient d'expirer sur sa lyre :

Parny n'est plus î

Je disais aux Grâces émues :

u II vous doit sa célébrité j )> Montrez-vous à lui demi-nues :

» Qu'il peigne encor la volupté. » Mais chacune d'elles soupire Auprès des plaisirs éperdus.

Pamy n'est plus !

11 vient d'expirer sur sa lyre :

Pamy n'est plus !

Je disais aux dieux du bel âge :

(c Amours, rendes à ses vieux ans » Les fleurs qu'auprès d'une volage

i5 » Il prodigna dans son printemps. »

Hais en plenrant je les Tois lire Des rers qu'ils ont cent fois rdus.

Pamy n^est plus !

Il Tient d^expirer sur sa lyre :

Pamy n'est plus!

Je disais aux Muses plaintiTes :

(c Oubliez vos malheurs récens *.

» Pour charmer l'écho de nos rÎTes » Il TOUS suffit de ses accens. n Mais du poétique délire Elles brisent les attributs.

Parny n'est plus !

Il Tient d'expirer sur sa lyre ;

Pamy n'est plus !

Il n'est plus ! Ah ! puisse l'enTie S'interdire un dernier effort ** !

Immortel il quitte la Tie ; Pour lui tous les dieux sont d'accord.

Que la haine, prête à maudire, Pardonne aux aimables Tertns.

Pamy n'est plus !

Il Tient d'expirer sur sa lyre :

Pamy n'est plus !

* Alltuion à la mort de Lebrun , de Delille , de Bernardin de Saint- Pierre «deGrétry , été.

** Autre allusion aux insultes faites i la méaoire de i'aatear de la Guerre des Dieux.

i6 MA GRAND* MÈRE.

Air .' En revenant de Bâle en Suisse. '

Ma grand^-mèrc , un soir à sa fête , De TÎn par ayant bn deux doigts, Nous disait en branlant la tête :

Que d'amoureux j'eus autrefois î

Combien je regrette^

Mon bras si dodu , f ^

Ma j ambe bien faite, ?

Et le temps perdu ! )

Quoi ! maman , vous n'éliexpas sage !

— Non, vraiment ; et de mes appas Seule à quinze ans j'appris l'usage , Car la nuit je ne dormais pas.

Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , Et le temps perdu !

Maman , vous aviez le cœur tendre ?

— Oui, si tendre , qu'à dix-sept ans Lindor ne se fit pas attendre ,

Et qu'il n'attendit pas long-temps. Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , Et le temps perdu !

Mêman, Lindor sarait donc plaire ?

—- Oui , seul il me plut quatre moia : Maia bientôt f estimai Valèie , Et fis deox heureux à la fois.

Combien je regrette

Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite ,

Et le temps perdu !

Quoi! maman, deux amans ensemble !

—-Oui , mais chacun d'eux me trompa «us fine alors <iu'il ne vous semble J'épousai Yotre grand-papa.

Combien je regrette

Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite

Et le temps perdu !

Maman , que lui dit la famille ?

— Kien j mais un mari plus sensé Eut pu connaître à la coquille Qnc l'œuf était déjà cassé.

Combien je regrette

Mon bras si dodu ,

Ma jambe bien faite ,

Et le temps perdu !

Maman , lui fûtefr-rous fidelle ?

-- Oh ! sur cela je me tais bien.

A moins qu'à lui Dieu ne m'appelle , Mon confesseur n'en saura rien.

Combien je regrette

Mon bras n dodu , Ma jambe bien faite Bt le temps perdu !

Bien tard) maman , tous fûtes veuTe ?

— Oui ; mais , çràces à ma gaîté , Si Téglise n^était plus neuTe , Le saint n^en fut pas moins ièté.

Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite , £t le temps perdu!

Comme tous, maman , faut-il faire ?

— Hé , mes petits-enfans , pourquoi , Quand j^ai fait comme ma grande-mère , Ne feriez-TOUs pas comme moi?

Combien je regrette Mon bras si dodu , Ma jambe bien faite, Et le temps perdu !

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