‹ Chansons de Béranger (volume 2)Chapitre 158 sur 206 · MA PREMIERE VISITE AU PALAIS DE JUSTICE · texte numérisé non relu

MA PREMIERE VISITE AU PALAIS DE JUSTICE

( Chanson faite h l'occasion des premières poursuites judiciaires exercées contre moi pour la publication de mon Recueil.)

Jir : Halte-là.

Quittez la Ijre , ô ma muse !

Et déchiffrez ce mandat.

Tous voyez qu'on vous accuse De plusieurs crimes d'état.

Pour un interrogatoire Au Palais comparaissons.

Plus de chansons pour la gloire !

Pour l'amour plus de chansons!

Suires-moi !

C'est U loi.

Siurez^moi, de par le roi.

'Nous marckont , et je découTre Uasile des souyerains.

Muse, la Fronde en ce LouTre Yit pénétrer ses refirains*.

Au qui vive d'ordonnance j Alors , prompte à s'avancer, La cKanson répondait : France !

Les gardes laissaient passer.

Suivez-moi!

C'est la loi.

Suivez-moi , de par le roi !

La justice nous appelle De l'autre côté de l'eau.

Voici la Sainte-Chapelle Où l'on pria pour Boileau**.

S'il renaissait , ce grand maître , Le clergé , remis en train , , En prison ferait peut-être

* Jamais plus de chansons ne furent lancées de part et d'autre qu'à l'époque de la Fronde , et Blot et Mariffni , chansonniers du temps , ne furent l'objet dViucune poursuite.

•• Ou dit que Boileau fut enterré dans l'cçUse située sous la Sainte-Chapelle, oh. l'on voyait le fameux lutrin qui inspira l'un des ouvrages les plus parfaits de notre langue.

Fourrer l'auteur du Lutrin.

SuiTei^moi !

C'est la loi.

SuiTeftHmoi , de par le roi !

Là , derant ce péristyle , Un tribunal impuissant lu bûcher lÎTra PÉmile * , Pbénix toujours renaissant.

Muse , de tos chansonnettes, Aujourd'hui Ton ya tâcher De faire des allumettes «

Pour rallumer ce bûcher.

SuiTex-moi !

Çest ]a loi.

SuÎTez-moi , de par le roi !

Muse, Toici la nand' salle...

Eh quoi ! tous fuyex deyant Des gens en robe-un peu sale, Par TOi)s piqués trop souvent.

Rerenex donc , pauvre sotte , Yoir prendre à vos ennemis , Pour peser une marotte , I/es balances de Thémis.

Suives-moi !

C'est la loi.

Suivet-moi , de par le roi !

* On sait également que par arrât du parlement l'Emile fut brûlé par la main da bourreau , et son auteur décrété de prise de corps.

Elle fuit , et cbex le juge J^entre, et puis enfin je tort.

Mais derinez qael refuge Ma muse avait pria alors.

Gaîment avec la grisette D^un président , bon liumata y Cette folle, à la buvette, Répétait le verre en main :

Snivezp-moi !

Cestlaloi.

Suivez-moi , de par le roi !

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